Actinobaculum suis
Autres dénominations : Corynebacterium, suis, Eubacterium, Actinomyces
Description
Autres dénominations : "Corynebacterium suis", Eubacterium suis, Actinomyces suis.
Systématique
En 1957, Soltys et Spratling isolent de l’urine, de la vessie et des reins de porcs atteints de cystites et de pyélonéphrites, une bactérie à Gram positif, préférentiellement anaérobie, qu’ils appellent "Corynebacterium suis". Cette dénomination reposait sur des critères morphologiques, l’appartenance au genre Corynebacterium n’était pas établie et cette appellation n’a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names. En 1982, Wegienek et Reddy proposent de placer cette bactérie dans le genre Eubacterium avec la dénomination de Eubacterium suis puis, en 1992, la position taxonomique de cette bactérie fut réexaminée ce qui a conduit à la placer dans le genre Actinomyces avec l’appellation de Actinomyces suis*.
Les travaux de Ramos et al. montrent que la séquence de l’ARNr 16S de Actinomyces suis est plus proche de la séquence des espèces du genre Arcanobacterium que de la séquence de Actinomyces bovis (espèce type du genre Actinomyces) et ces auteurs estiment que Actinomyces suis devrait être placé dans un nouveau genre. En étudiant 5 souches de bactéries corynéformes d’origine humaine (isolées soit du sang soit de l’urine), Lawson et al. montrent qu’elles sont apparentées à Actinomyces suis et ils proposent de créer un nouveau genre, le genre Actinobaculum pour accueillir d’une part Actinomyces suis avec la nouvelle dénomination de Actinobaculum suis et d’autre part les souches d’origine humaine qu’ils dénomment Actinobaculum schaalii.
Le genre Actinobaculum est placé dans la famille des Actinomycetaceae (sous-ordre des Actinomycineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des Actinobacteridae, classe des Actinobacteria).
Caractères bactériologiques
Actinobaculum suis est un bacille immobile, non sporulé, polymorphe, de 1 à 3 µm de longueur sur 0,5 µm de diamètre, à Gram positif (mais pouvant se décolorer dans les vieilles cultures), non acido-résistant, non capsulé (en microscopie électronique il est toutefois possible de mettre en évidence une microcapsule), se présentant de manière isolée ou en paires ou en petits amas, anaérobie préférentielle (mais le germe pousse faiblement en 7 jours en présence de 6 p. cent de CO2), à métabolisme strictement fermentatif.
Un résultat positif est obtenu pour l’hydrolyse de l’urée (réaction fortement positive), l’hydrolyse de l’hippurate et la fermentation de l’amidon, du glycogène et du maltose.
Un résultat négatif est obtenu pour les tests catalase, nitrate réductase, production d’indole, VP, production d’H2S, hydrolyse de la gélatine et de l’esculine, lipase, lécithinase, fermentation de l’adonitol, de l’amygdaline, de l’arabinose, du cellobiose, du dulcitol, de l’érythritol, de l’esculine, du fructose, du galactose, du glucose, du glycérol, de l’inositol, de l’inuline, du lactose, du mannitol, du mannose, du mélézitose, du mélibiose, du raffinose, du rhamnose, du saccharose, de la salicine, du sorbitol, du tréhalose et du xylose.
Après 48 heures d’incubation à 37 °C et dans une atmosphère anaérobie, les colonies obtenues sur gélose au sang de mouton ont un diamètre de 0,5 à 3 mm, elles sont blanches, circulaires et granuleuses, et elles présentent souvent un centre surélevé (aspect en œuf sur le plat). Après une semaine d’incubation, la taille des colonies atteint 3 à 5 mm et elles sont plus plates. La croissance est obtenue pour des températures variant de 30 à 43 °C (optimum 37 °C) et le pH optimal est compris entre 7 et 8, aucune culture n’est observée pour un pH inférieur à 5.
Habitat et pouvoir pathogène
Actinobaculum suis semble faire partie de la flore prépuciale du verrat chez lequel il est, au plus, responsable de cystites légères. Chez les truies, le germe peut être isolé d’animaux sains mais, surtout, il provoque des cystites et des pyélonéphrites notamment dans les élevages intensifs. Un abreuvement insuffisant constitue un des facteurs prédisposant à l'expression clinique de l'infection. Les truies présentent de l’anorexie et de la polydipsie, l’urine est de couleur brune, d’odeur fétide et son pH devient fortement alcalin (pH de l’ordre de 9). Dans les formes aiguës, on note couramment une hématurie, une pyurie et la mort est fréquente. Les truies qui résistent à l’infection présentent une perte de poids importante, un syndrome polyurie - polydypsie, de l'infertilité et elles deviennent des non-valeurs économiques. Dans les formes graves, la maladie est d’apparition subite et peut conduire à la mort des animaux en quelques heures ou en quelques jours.
Les lésions sont localisées au tractus urinaire. La paroi vésicale est épaissie, la muqueuse est hémorragique et le contenu de la vessie contient souvent un exsudat purulent et des calculs. Les lésions de pyélonéphrites sont bilatérales ou unilatérales et se caractérisent par des reins distendus contenant du pus ou du sang.
Les infections à Actinobaculum suis ont été identifiées dans de nombreux pays : Allemagne, Australie, Canada, Brésil, Danemark, Finlande, France, Hollande, Hong Kong, Norvège, Royaume Uni, Suisse, USA,... mais le nombre de cas publiés est faible ce qui contraste avec la fréquence des infections urinaires en élevages porcins. Les raisons de cette discordance tiennent sans doute aux difficultés d’isolement (il faut incuber les urocultures en anaérobiose et dans un milieu sélectif pour éviter la prolifération d’autres germes à Gram positif, notamment les streptocoques, dont la multiplication serait favorisée par l’élévation du pH urinaire), aux difficultés d’identification et à une méconnaissance du germe.
Diagnostic bactériologique
Actinobaculum suis est généralement isolé avec d’autres germes à Gram positif (notamment des streptocoques) dont la multiplication serait favorisée par l’élévation du pH urinaire. Pour limiter la culture des contaminants et notamment des Proteus sp. l’isolement peut recourir à une gélose Columbia contenant de la colistine (10mg/L) et de l’acide nalidixique (15mg/L) qui doit être incubée en anaérobiose. Pour augmenter les chances d’isolement, la culture doit se réaliser sur place ou doit s’effectuer à partir d’un prélèvement placé dans un milieu de transport tel que le milieu de Cary Blair pour anaérobies.
L’identification précise du germe est difficile mais, compte tenu du contexte clinique, la simple mise en évidence d’un bacille anaérobie dont la morphologie rappelle celle d’une corynébactérie est généralement suffisante pour orienter le diagnostic qui sera complété par les caractères culturaux, la mise en évidence d’une uréase et par l’étude de la fermentation des sucres. Quelques caractères permettant de différencier Actinobaculum suis de quelques espèces du genre Actinomyces isolées chez le porc figurent dans le tableau I.
Sensibilité aux antibiotiques
Actinobaculum suis est généralement sensible au chloramphénicol (interdit dans les élevages), à la clindamycine, à l’érythromycine, aux bêta-lactamines et aux tétracyclines.
Orientation bibliographique
DAGNALL (G.J.R.) et JONES (J.E.T.) : A selective medium for the isolation of Corynebacterium suis. Res. vet. Sci., 1982, 32, 389-390.
DEE (S.A.), CARLSON (A.R.) et COREY (M.M). : New observations on the epidemiology of Eubacterium suis. Compendium on Continuing Veterinary Education, 1993, 15, 345-348.
DEE (S.A.), CARLSON (A.R.) et COREY (M.M.) : Can Eubacterium suis be indirectly eradicated by programs designed to eliminate other swine pathogens. Vet. Med. September 1994, 910-913.
LAWSON (P.A.), FALSEN (E.), ÅKERVALL (E.), VANDAMME (P.) et COLLINS (M.D.) : Characterization of some Actinomyces-like isolates from human clinical specimens: reclassification of Actinomyces suis (Soltys and Spratling) as Actinobaculum suis comb. nov. and description of Actinobaculum schaalii sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 899-903.
RAMOS (C.P.), FOSTER (G.) et COLLINS (M.D.) : Phylogenetic analysis of the genus Actinomyces based on 16S rRNA gene sequences: description of Arcanobacterium phocae sp. nov., Arcanobacterium bernardiae comb. nov., and Arcanobacterium pyogenes comb. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 46-53.
SOLTYS (M.A.) et SPRATLING (F.R.) : Infectious cystitis and pyelonephritis of pigs : a preliminary communication. Vet. Rec., 1957, 69, 500-504.
* : Actinomyces suis (Wegienek and Reddy 1982) Ludwig et al. 1992 ne doit pas être confondu avec "Actinomyces suis" Franke 1973.
La nomenclature de "Actinomyces suis" Franke 1973 n'a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names (certainement en raison de l'absence de désignation d'une souche type) et elle n'a pas fait l'objet d'une publication valide depuis le 1er janvier 1980.
"Actinomyces suis" Franke 1973 est proche de "Actinomyces suis" décrit par Grässer en 1957 puis par le même auteur en 1962 et en 1963. Pour Schaal (1986), "Actinomyces suis" Franke 1973 et "Actinomyces suis" Grässer 1957 sont deux taxons différents alors que pour Murakami et al. (1997 et 1998) ces deux bactéries sont identiques.
Dans le Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, "Actinomyces suis" Franke 1973 est considéré comme une espèce incertae sedis dont l'habitat est inconnu et dont le pouvoir pathogène se limite à des actinomycoses de la glande mammaire des truies. Pour Murakami et al. cette bactérie a pour habitat la cavité orale des porcs, elle est responsable de tonsillites et de mammites. Les mammites résulteraient d'une contamination de la glande mammaire au moment de la tétée (transmission des germes de la cavité buccale des porcelets à la mamelle de la truie soit par le canal du trayon soit par morsure).
Quelques caractères bactériologiques de "Actinomyces suis" Franke 1973 figurent dans le tableau I.
Références :
. FRANKE (F.) : Untersuchungen zur ätiologie der gesäugeaktinomykose des schweines. Zbl. Bakt. Hyg., I. Abt. Orig. A, 1973, 223, 111-124.
. MURAKAMI (S.), AZUMA (R.), KOEDA (T.), OOMI (H.), WATANABE (T.) et FUJIWARA (H.) : Immunohistochemical detection for Actinomyces sp. In swine tonsillar abscess and granulomatous mastitis. Mycopathologia, 1998, 141, 15-19.
. MURAKAMI (S.), AZUMA (R.), OOMI (H.), KOEDA (T.) et FUJIWARA (H.) : Incidence of tonsillar lesions caused by Tonsillophilus suis and Actinomyces sp infection in swine. J. Vet. Med., 1997, A44, 611-618.
. SCHAAL (K.P.) : Genus Actinomyces Harz 1877, 133AL. In : P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE et J.G. HOLT (éditeurs), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, Volume 2, Williams & Wilkins, Baltimore, London, Los Angeles, Sydney, 1986, p. 1383-1418.
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