Brachyspira hyodysenteriae
Autres dénominations : Treponema hyodysenteriae, Serpula hyodysenteriae, Serpulina hyodysenteriae
Maladies et dénominations associées
Diarrhée hémorragique du porc
Dysenterie porcine
Entérite hémorragique du porc
Description
Autres dénominations : Treponema hyodysenteriae, Serpula hyodysenteriae, Serpulina hyodysenteriae.
Systématique
La dénomination de Treponema hyodysenteriae a été proposée par Harris et al. pour désigner les souches de spirochètes associées à la dysenterie du porc et capables de reproduire la maladie chez des porcs conventionnels. Ultérieurement, plusieurs travaux ont montré que les tréponèmes du porc étaient phylogéniquement distincts des genres Borrelia, Leptospira, Spirochaeta et Treponema et qu’ils ne pouvaient plus être considérés comme des espèces du genre Treponema.
En 1991, Stanton et al. montrent a) que les tréponèmes du porc appartiennent bien à l’ordre des Spirochaetales (présence de la "séquence signature" des spirochètes dans l’ARN 16S) ; b) qu’ils constituent deux espèces distinctes mais appartenant à un même genre ; c) qu’ils ne sont étroitement apparentés ni au genre Treponema ni aux autres genres constituant l’ordre des Spirochaetales. Compte tenu de l’ensemble des données morphologiques, structurales, physiologiques et génétiques les auteurs proposent de placer ces bactéries dans un nouveau genre qu’ils appellent Serpula puis Serpulina avec les appellations de Serpulina hyodysenteriae et de Serpulina innocens. Par la suite, le genre Serpulina s’est enrichi de nouvelles espèces (Serpulina pilosicoli, Serpulina intermedia, Serpulina murdochii).
En 1997, Ochiai et al. comparent l’intégralité des séquences des gènes codant pour l’ARNr 16S de Brachyspira aalborgi, de Serpulina hyodysenteriae, de Serpulina innocens et de Serpulina pilosicoli et ils montrent que les homologies sont supérieures à 96 p. cent. De plus, les valeurs des G + C p. cent, les homologies ADN - ADN et les caractères phénotypiques confirment la parenté entre ces bactéries. Au vue de ces résultats, les auteurs proposent de regrouper ces bactéries en un unique genre qui compte tenu des règles de priorité doit être appelé Brachyspira.
Caractères bactériologiques
Brachyspira hyodysenteriae présente la morphologie et la mobilité caractéristiques du genre Brachyspira. Ce sont des bactéries spiralées de 8 à 10 mm de longueur sur 0,3 à 0,4 mm de diamètre, possédant un nombre de flagelles variable selon les auteurs (7 à 9 ou 11 à 14 ou 7 à 14) insérés à chacune des extrémités et se chevauchant au centre de la cellule, donnant une réponse positive aux tests indole (mais, environ la moitié des souches de Serpulina hyodysenteriae isolées en Belgique sont indole négative), hydrolyse de l’esculine, alpha-glucosidase, et bêta-glucosidase, donnant une réponse négative pour l’hydrolyse de l’hippurate et la production d’une alpha-galactosidase.
L'étude de la fermentation des sucres nécessite des techniques particulières (voir ). Brachyspira hyodysenteriae fermente le fructose, le galactose, le glucose, le lactose, le maltose, le mannose, le raffinose et le tréhalose. En revanche, elle ne fermente pas l’adonitol, l’inositol, le rhamnose et le sorbitol.
La recherche d’activités enzymatiques en galerie API ZYM ou en galerie API AN-IDENT donne un résultat positif pour la phosphatase alcaline, l’estérase C4, l’estérase lipase C8, la phosphatase acide, la bêta-galactosidase, l’alpha-glucosidase, et la bêta-glucosidase.
La croissance optimale est obtenue après incubation dans une atmosphère contenant 99 p. cent d’azote et 1 p. cent d’oxygène. Sur milieux solides, des colonies sont visibles après 48-96 heures d’incubation à 38 °C. La croissance peut être obtenue à 37 ou à 42 °C mais pas à 30 °C. Après 72 heures d’incubation sur gélose au sang, les colonies sont pâles, translucides, fortement bêta-hémolytiques et d’un diamètre de 5 à 8 mm.
En utilisant des méthodes génétiques (analyse des iso-enzymes, profil de restriction de l’ADN, électrophorèse en champ pulsé,...) et des méthodes phénotypiques (analyse antigénique du LPS-like, analyse des protéines de membrane externe,...), il est possible de distinguer plusieurs types de souches au sein de l’espèce Brachyspira hyodysenteriae. Notamment l’analyse antigénique du LPS-like permet de définir des sérogroupes et des sérovars qui sont présentés dans le tableau I. La prévalence des sérovars varie selon les pays et, au sein de chaque sérovar, la virulence semble variable selon les souches.
Habitat et pouvoir pathogène
Classiquement, il est admis que Brachyspira hyodysenteriae a un spectre d’hôtes étroit, limité au porc, même si cette bactérie est capable d’infecter de manière transitoire et sans symptôme d’autres espèces animales en contact avec des fèces de porcs infectés : rats, souris, chiens, étourneaux.
Plus récemment, l’isolement de souches de Brachyspira hyodysenteriae dans des élevages de rhéas (Rhea americana) dont les animaux présentaient des lésions de typhlocolite nécrosante suggère un spectre d’hôtes plus large. Chez le rhéa, les animaux présentant des signes cliniques sont âgés de moins de 6 mois. Les principaux signes cliniques consistent en une perte de poids et une diarrhée aqueuse mais, le plus souvent, les animaux meurent sans symptôme préalable et le taux de mortalité peut atteindre 25 à 80 p. cent. A l'autopsie, les caecums sont dilatés le contenu caecal contient des pseudomembranes et du mucus et la muqueuse caecale est épaissie et présente des ulcères. Les souches isolées de rhéas sont aptes à reproduire la maladie chez des poulets et des dindes âgées de 1 jour mais les signes cliniques sont moins sévères.
La souris joue un rôle important dans la contamination des porcs car elle peut se contaminer avec un faible nombre de bactéries (102 unités formant colonies) et elle peut excréter le germe dans ces fèces durant 6 mois. Les autres espèces animales restent porteuses durant un temps plus bref : 13 jours pour le chien, 2 jours pour le rat, 8 heures pour l’étourneau. Les mouches peuvent disséminer des germes viables durant au moins 4 heures.
La survie du germe dans le milieu environnant est parfois considérable : 48 jours dans des fèces de porcs maintenues à une température comprise entre 0 et 10 °C, 61 jours dans des fèces diluées au 1/10 dans de l’eau et stockées à 5 °C. En revanche à des températures plus élevées, le temps de survie dans les fèces diminue considérablement : 7 jours à 25 °C et 24 heures à 37 °C.
Brachyspira hyodysenteriae est l’agent de la dysenterie porcine (appelée également diarrhée hémorragique ou entérite hémorragique), maladie identifiée dans tous les pays où l’élevage porcin est développé et affectant principalement les porcs en engraissement (mais les truies et les porcelets sevrés peuvent également présenter des signes cliniques). En France, la prévalence de la dysenterie a atteint 17 p. cent en 1969 puis, depuis l’utilisation du carbadox, elle a diminué aux alentours de 8 à 9 p. cent.
La dysenterie porcine est une maladie dont les répercussions économiques sont importantes du fait de la mortalité et, surtout, du coût des traitements et des retards de croissance engendrés. A titre d’exemple, le coût de l’infection peut représenter jusqu’à 19$ par porc en Grande Bretagne, l’âge d’abattage des animaux peut être retardé de 28 jours, le coût annuel de la maladie aux USA est de l’ordre de 115, 2 millions de $.
Le principal mode de contamination d’un élevage résulte de l’introduction d’animaux infectés. Les animaux guéris représentent un danger important car ils peuvent excréter le germe pendant plus de 70 jours. Toutefois, généralement, cette excrétion est plus brève : environ 50 p. cent des animaux convalescents restent excréteurs au delà de 10 jours et seuls 21 p. cent excrètent le germe au delà de 18 jours.
D’autres modes de contamination ont été décrits : contamination par des effluents, contamination par des animaux (principalement souris mais aussi chiens et mouches), nourriture contaminée, objets souillés (notamment des bottes), ... Les rongeurs, les chiens et dans une moindre mesure les mouches sont incriminés dans le maintient de l’infection après le départ des porcs pour l’abattoir.
Expérimentalement, la dose infectante pour le porc est de l’ordre de 105 unités formant colonies. La période d’incubation varie de 5 à 37 jours avec une moyenne de 11 jours mais, durant cette période d’incubation, les animaux peuvent déjà être excréteurs car ils éliminent la bactérie entre 3 et 18 jours après un contact infectant.
La sensibilité des animaux est diminuée par la supplémentation en antibiotiques et par une alimentation générant peu de substrats fermentescibles dans le gros intestin (protéine plus flocons de maïs ou de sorgho cuits à la vapeur ou protéine plus riz cuit). En revanche, elle est exacerbée par de nombreux facteurs : transport, froid, régime alimentaire, carence en vitamine E ou en sélénium, présence de bactéries associées ( Acetivibrio ethanolgignens, Bacteroides vulgatus, Clostridium sp., Fusobacterium necrophorum, Jonesia denitrificans),... La maladie est également plus grave lors de la première introduction du germe dans un élevage avec un taux de mortalité pouvant atteindre plus de 50 p. cent.
La maladie s’exprime sous des formes variées. Dans les cas typiques, l’état général des animaux est d’abord peu modifié mais ils se nourrissent sans enthousiasme. Quelques animaux développent une diarrhée liquide de couleur très sombre mais chez la plupart des porcs, on note une diarrhée moins liquide qui souille le périnée et les flancs, de couleur grisâtre puis devenant plus foncée (couleur chocolat). Ultérieurement, les fèces renferment du sang, de la fibrine et du mucus (qui peut donner une apparence brillante aux excréments). Progressivement, les porcs sont abattus, ils maigrissent et peuvent devenir cachectiques. La majorité des animaux guérit en une à deux semaines mais l’indice de consommation augmente et le GMQ diminue durant parfois plus de 6 semaines.
Dans les formes plus graves, les animaux sont très affaiblis, ils se déshydratent et meurent en environ 5 jours.
Les formes subcliniques sont actuellement fréquentes (rôle de la supplémentation en antibiotiques) et se manifestent par un retard de croissance.
Les lésions de la dysenterie sont caractéristiques chez les animaux morts : typhlocolite nécro-hémorragique avec un important dépôt de fibrine puis présence d’ulcères. Le méso-côlon présente un oedème gélatineux et les nœuds lymphatiques sont congestionnés. En revanche l’intestin grêle a un aspect normal. De nombreux spirochètes sont visibles dans les cryptes principalement en début d’infection.
Facteurs de pathogénicité
Chez le porc gnotobiotique, la colonisation de l’intestin et l’apparition de signes cliniques est favorisée par l’administration de Brachyspira hyodysenteriae associées à d’autres bactéries comme Acetivibrio ethanolgignens, Bacteroides vulgatus, Clostridium sp., Fusobacterium necrophorum, Jonesia denitrificans. En l’absence de ces bactéries associées, l’infection expérimentale demeure possible mais elle nécessite un inoculum plus important. Chez la souris CF1 gnotobiotique, la seule administration de Brachyspira hyodysenteriae conduit à une colonisation et à des troubles cliniques mais l’administration concomitante de Bacteroides vulgatus accroît la sévérité des signes et des lésions.
Les diarrhées observées chez les animaux semblent résulter d’une diminution de l’absorption du colon. Ces bactéries ne semblent pas produire d’entérotoxines car les taux d’AMP cyclique et de GMP cyclique ne sont pas modifiés et la recherche de gènes par une technique PCR utilisant des amorces spécifiques des gènes codant pour les entérotoxines de Escherichia coli est négative. Les principaux facteurs de pathogénicité impliqués ou probablement impliqués dans la virulence sont présentés ci-dessous.
1 - Mobilité
Les Brachyspira sont mobiles grâce à des endoflagelles, insérés à chacune des extrémités de la cellule, cheminant en direction de l’extrémité opposée et se chevauchant au centre de la cellule. La mobilité se traduit par des mouvements de flexion, de translation et de rotation permettant un déplacement aisé dans un environnement visqueux alors que d’autres bactéries telles que Escherichia coli et Salmonella typhymurium (ou Salmonella Typhimurium) sont immobiles dans un tel environnement. Cette mobilité permet à ces bactéries de se déplacer dans la couche de mucus qui recouvre l’épithélium et de coloniser la muqueuse (temps préalable au développement d’une infection). Ces endoflagelles ont une structure générale comparable à celle des flagelles des autres bactéries mais ils sont entourés par une gaine de nature protéique.
Le rôle de la mobilité dans la virulence est bien montré par l’étude de mutants peu ou pas mobiles. Deux types de mutations ont été obtenues : une mutation dans le gène flaA1 (qui code pour une protéine de 44 kDa présente dans la gaine des flagelles) et une mutation dans le gène flaB1 (qui code pour une protéine de 32 kDa présente dans le corpuscule basal). Expérimentalement, ces mutants colonisent mal le caecum de la souris, ne provoquent que peu de lésions et, chez le porc, ils sont incapables d’engendrer les signes cliniques et les lésions de la dysenterie.
Le déplacement des souches sauvages est orienté par des substances chimiotactiques et notamment par la mucine, le L-fucose et la L-sérine qui sont des constituants présents dans le mucus qui recouvre les cellules intestinales.
2 - Adhésion et invasion
Brachyspira hyodysenteriae adhère aux cellules intestinales en les recouvrant. Cette adhésion a été étudiée in vitro sur des cellules de Henle (Int-407) et sur des cellules HeLa 229. Elle se fait au niveau de récepteurs de nature saccharidique, elle est inhibée par des immunsérums, par des sérums de porcs convalescents et par des substances contenant de l’acide neuraminique.
Brachyspira hyodysenteriae est parfois présente dans les cellules intestinales et dans la lamina propria mais, in vitro, une pénétration dans les cellules n’a jamais été observée.
3 - Production d’une hémolysine
L’hémolysine est considérée comme un facteur de virulence important. Les souches de Brachyspira hyodysenteriae sont fortement hémolytiques (hémolyse bêta) alors que, sauf exception, les autres espèces du genre sont faiblement hémolytiques. Ces différences dans le degré d’hémolyse pourraient être liées soit à la synthèse d’hémolysines différentes soit à un niveau de production différent. L’effet hémolytique est influencé par la composition du milieu : il est inhibé par le cholestérol et les dérivés du cholestérol ainsi que par certains cations divalents comme le Zn++ et le Cu++. Par contre, les cations Fe++, Mn++, Ni++, Co++ et Ca++ n’ont pas d’effets inhibiteurs.
Comme la streptolysine S, l’hémolysine est insensible à l’oxygène, insensible à l’EDTA, résistante aux pH, sensible à la protéinase K et à la chaleur. Le poids moléculaire de cette toxine est, selon les auteurs, de 19 kDa, de 68 ou de 74 kDa. Ces différences pourraient être liées soit aux méthodes de purification utilisées soit, plus probablement, à l’existence de plusieurs toxines différentes puisque trois gènes tlyA, tlyB et tlyC ont pu être clonés et séquencés. Le gène tlyA code pour une hémolysine alors que le codage d’hémolysines par les gènes tlyB et tlyC est encore controversé. Ces trois gènes sont présents en un seul exemplaire chez toutes les souches de Brachyspira hyodysenteriae alors que des souches de Brachyspira innocens n’hébergent que les gènes tlyB et tlyC.
Les hémolysines de Brachyspira hyodysenteriae sont à la fois hémolytiques et cytotoxiques. Elles n’ont pas d’activité phospholipasique et elles agiraient en provoquant la formation de pores. Cette hypothèse repose sur des expériences consistant à ajouter les hémolysines à des hématies marquées par le 86rubidium. Deux à trois minutes après l’adjonction de ces toxines on constate une libération de 86Rb alors que la libération d’hémoglobine n’est observée que 3 à 7 minutes plus tard. La libération précoce de 86Rb serait liée à la formation des pores qui provoquerait secondairement une entrée d’eau, un gonflement et une lyse des hématies.
In vitro, les hémolysines sont actives sur de nombreux types cellulaires et in vivo leur administration dans une anse intestinale de rat ou de porc germ-free produit une érosion des cellules intestinales, des lésions hémorragiques et une inflammation avec infiltration cellulaire de la lamina propria.
Le gène tlyA peut être muté. Les souches mutantes sont peu hémolytiques, elles provoquent peu ou pas de lésions chez la souris ou chez le porc mais elles sont capables de coloniser l’intestin. Il est intéressant de noter que les porcs inoculés avec de telles souches mutantes sont partiellement protégés vis-à-vis d’une infection par une souche sauvage.
4 - Métabolisme de l’oxygène
Brachyspira hyodysenteriae produit une NADH oxydase qui réduit l’oxygène moléculaire en eau. Cette réduction permet à la bactérie de vivre à proximité d’un tissu qui utilise de l’oxygène comme l’intestin. L’administration à des porcs de mutants produisant de faibles quantités (de l’ordre de 3 à 5 p. cent de la quantité produite par une bactérie normale) de NADH oxydase diminue le pouvoir infectieux, la sévérité des signes cliniques et les capacités de colonisation de l’intestin.
5 - Système de captation du fer
Le fer est un élément indispensable à la multiplication de nombreuses bactéries. Dans l’organisme, le fer est indisponible car il est lié à la transferrine (dans le sérum) ou à la lactoferrine (dans les sécrétions) et la plupart des bactéries pathogènes ont développé des systèmes de captation du fer. Des souches de Brachyspira hyodysenteriae, appartenant à différents sérogroupes, cultivées dans un milieu carencé en fer expriment au moins trois protéines (une protéine d’un poids moléculaire supérieur à 200 kDa, une de poids moléculaire de 134 kDa et une de poids moléculaire de 109 kDa) qui ne sont pas synthétisées lorsque les concentrations en fer sont optimales. Ces protéines ne semblent pas appartenir à des systèmes de sidérophores du type catéchol ou hydroxamate et leurs fonctions sont encore inconnues. Il est intéressant de noter que la protéine de 109 kDa, antigéniquement homogène chez les 9 souches testées, est exprimée in vivo et elle suscite l’apparition d’anticorps qui pourraient jouer un rôle dans la protection.
6 - Lipopolysaccharide-like
Chez les bactéries à Gram négatif, la membrane externe contient du lipopolysaccharide (LPS). Chez les spirochètes, la structure du LPS est mal connue et on parle de LPS-like (molécule ressemblant au LPS).
L’analyse du LPS-like par électrophorèse et chromatographie en phase gazeuse montre des différences importantes entre le LPS-like des souches virulentes de Brachyspira hyodysenteriae et celui de Brachyspira innocens ou celui des souches non pathogènes de Brachyspira hyodysenteriae.
Le LPS-like partage certaines activités biologiques avec les lipopolysaccharides des entérobactéries : il coagule un lysat d’amoebocytes de limule, son injection est létale pour la souris BALB/cByJ (mais il faut employer des doses deux fois supérieures à celles nécessaires pour tuer une souris avec un LPS classique) mais, en revanche, il est dépourvu d’effet adjuvant, il n’est pas pyrogène et il ne provoque pas de réaction de Shwartzman. Le LPS-like de Brachyspira hyodysenteriae peut induire la production de TNF chez la souris et d’IL-1b, d’IL-6 et d’IL-8 chez le porc (ces effets nécessitent des doses plus élevées en comparaison de l’utilisation d’un LPS classique). Rappelons que ces cytokines ont de nombreuses activités biologiques notamment, elles ont un rôle important dans les réactions inflammatoires, elles induisent une fièvre et une anorexie (TNF, IL-1, IL-6) et le TNF est toxique pour les endothéliums vasculaires, il induit une nécrose hémorragique des tissus et une thrombose vasculaire.
Le rôle du LPS-like dans la pathogénie a été démontré par des expériences effectuées sur la souris. Dans cette espèce, les animaux de la lignée C3H/HeJ sont peu sensibles au LPS alors que les animaux de la lignée C3HeB/FeJ sont normalement sensibles. L’inoculation d’une souche de Brachyspira hyodysenteriae à des souris des 2 lignées est suivie d’une colonisation identique mais les souris C3HeB/FeJ développent des lésions alors que les souris peu sensibles (C3H/HeJ) n’en présentent pas.
7 - Production de protéases
L’infection de cultures de cellules épithéliales par un grand nombre de Brachyspira hyodysenteriae provoque des altérations cellulaires et un détachement des cellules qui peuvent être inhibés par des inhibiteurs des protéases. La production de protéases a été impliquée dans la virulence d’une espèce de spirochète (Treponema denticola) et des protéases (aminopeptidase, protéase comparable à la trypsine, protéase comparable à la chymotrypsine, sérine protéase) ont été caractérisées chez Brachyspira hyodysenteriae. La sérine protéase, proche de la subtilisine, est une enzyme associée à la membrane externe et qui n’est pas sécrétée. Une telle activité protéasique a également été retrouvée chez Brachyspira pilosicoli et chez des spirochètes non pathogènes pour le porc (Brachyspira innocens et Treponema succinifaciens) ce qui suggère que les protéases seraient nécessaires pour la survie dans l’intestin. Il est cependant probable que la sérine protéase contribue à la virulence en clivant la mucine de la couche de mucus et en provoquant des altérations cellulaires (dissociation de la barrière formée par les cellules épithéliales, altération des membranes cellulaires, altération de la matrice extracellulaire).
Diagnostic bactériologique
L’examen direct d’un prélèvement de fèces observé au microscope à contraste de phase permet de visualiser des spirochètes mais elle ne permet pas de différencier les espèces pathogènes des espèces saprophytes.
Un test PCR, amplifiant une séquence de 1700 paires de bases est capable de détecter 103 cellules dans des fèces (les fèces doivent être préalablement cultivées durant 6 jours sur un milieu sélectif), il est spécifique, plus sensible que la culture et plus rapide. Toutefois, en dépit de l’apparition de nouvelles techniques, la méthode de diagnostic la plus utilisée demeure l’isolement des bactéries.
Les spirochètes sont isolés des fèces ou du contenu intestinal ou de la muqueuse du gros intestin. Le prélèvement est constitué soit par des écouvillons placés dans un milieu de transport (les meilleurs milieux de transport sont constitués par un milieu non nutritif, semi-gélosé et contenant du charbon et/ou un agent réducteur) soit pas des fèces soit par des fèces dilués dans de l’eau physiologique soit par un raclage de la muqueuse. Les prélèvements doivent être réfrigérés mais pas congelés. Le meilleur prélèvement serait constitué par des selles non diluées et conservées à + 4 °C.
L’isolement se réalise sur des milieux sélectifs telle qu’une gélose trypticase soja au sang (5 p. cent de sang de bovin défibriné) contenant des antibiotiques. Les principaux milieux utilisés contiennent 400 mg/mL de spectinomycine ou un mélange de spectinomycine (400 mg/mL) de vancomycine (25 mg/mL) et de colistine (25 mg/mL) ou un mélange de spectinomycine (200 mg/mL), de vancomycine (6,5 mg/mL), de colistine (6,25 mg/mL), de rifampicine (12,5 mg/mL) et de spiramycine (25 mg/mL). Ce dernier milieu, connu sous le nom de milieu BJ, est le meilleur milieu pour l’isolement de Brachyspira hyodysenteriae mais il convient moins bien à l’isolement de Brachyspira pilosicoli car ce germe est modérément sensible à la rifampicine et à la spiramycine. L’ensemencement des boîtes par la méthode dite au scalpel (Avant ensemencement la gélose d’une boîte de Pétri est striée par une lame de bistouri n° 22 et on réalise 5 ou 10 stries parallèles. L’ensemencement est ensuite réalisé au centre de la boîte sous la forme de 4 à 6 stries perpendiculaires aux stries de scalpel) permet de mieux visualiser l’hémolyse de Brachyspira hyodysenteriae et elle se révèle plus sensible. Les boîtes sont incubées dans une atmosphère contenant 94 p. cent d’azote et 6 p. cent de CO2 (ou, plus simplement, il est possible d’utiliser un système de type Gas Pak) et à une température comprise entre 37 et 42 °C.
Le degré d’hémolyse est un critère important du diagnostic différentiel (voir tableau II) mais il n’est pas absolu : l’appréciation de l’hémolyse est un caractère subjectif, le degré d’hémolyse peut varier selon la composition du milieu et les conditions de culture, des souches n’appartenant pas à l’espèce Brachyspira hyodysenteriae peuvent être fortement hémolytiques (c’est le cas par exemple de la souche P280), ... En théorie, il conviendrait d’utiliser toujours la même technique et de tester en parallèle les souches types de Brachyspira hyodysenteriae (souche B78 = ATCC 27164) et de Brachyspira innocens (B256 = ATCC 29796).
Le diagnostic différentiel des espèces du genre Brachyspira repose également sur l’étude des caractères mentionnés dans le tableau II.
Des anticorps monoclonaux dirigés contre une protéine de membrane externe, spécifiques de Brachyspira hyodysenteriae et capables de réagir avec toutes les souches ont été obtenus en 1996 par Lee et Hampson. De tels anticorps, à condition d’être disponibles, pourraient largement faciliter l’identification de Brachyspira hyodysenteriae. De même, il est concevable d’imaginer que de tels anticorps puissent être utilisés dans des tests d’agglutination passive inversée ou dans des tests immunologiques de type sandwich pour détecter des animaux infectés.
L’utilisation de sondes d’acides nucléiques n'est pas une technique couramment utilisée de nos jours par les laboratoires de diagnostic. Des tests d'amplification en chaîne par polymérase ont été développés. Les tests faisant appel à une sonde radioactive, afin de vérifier la spécificité de la réaction et d'augmenter sa sensibilité, sont délicats à utiliser en routine. En 1998, Atyeo et al. ont décrit un test PCR dont les produits d'amplification sont caractérisés par une sonde froide (digoxigénine). Ce test est spécifique, sensible et détecte précocement les animaux infectés.
Les techniques de diagnostic indirect par mise en évidence d’anticorps (ELISA, hémagglutination indirecte, hémolyse passive, micro-agglutination, ...) sont parfois utilisées pour détecter des élevages infectés par Brachyspira hyodysenteriae mais elles ne permettent ni un diagnostic individuel ni la détection des animaux porteurs. Le principal problème rencontré dans le diagnostic indirect est la présence de communautés antigéniques entre les spirochètes intestinaux et qui conduisent à des réactions faussement positives.
Sensibilité aux antibiotiques
Le traitement par administration parentérale d’antibiotiques est une excellente méthode pour obtenir rapidement une guérison clinique. Toutefois, elle représente une charge de travail importante dans les grands élevages et on peut lui substituer un traitement par voie orale grâce à l’adjonction d’antibiotiques dans la nourriture ou, mieux, dans l’eau de boisson (dans les phases aiguës de la maladie, les porcs mangent moins mais continuent à s’abreuver normalement).
Toutes les souches sont sensibles au dimétridazole mais l’utilisation de cette molécule est interdite dans les pays de la CEE. La tiamuline et la lincomycine sont les antibiotiques les plus utilisés et les plus efficaces (quelques souches de Brachyspira hyodysenteriae sont cependant résistantes à la tiamuline et à la lincomycine) pour un traitement effectué dans l’eau de boisson. Les macrolides et apparentés (érythromycine, spiramycine, lincomycine) sont souvent efficaces en injection. Toutefois, de nombreuses souches de Brachyspira hyodysenteriae résistent à la tylosine et l’utilisation de la tylosine dans l’eau de boisson est généralement inefficace.
Prophylaxie
Le type d’immunité (immunité locale ou systémique, immunité à médiation humorale ou cellulaire) impliqué dans une éventuelle protection est encore inconnu . Toutefois, les animaux convalescents sont partiellement protégés (protection le plus souvent spécifique de sérovars) vis-à-vis d’une nouvelle infection ce qui indique que la vaccination pourrait être un moyen de prévention efficace. Actuellement, aucun vaccin ne s’est révélé très efficace et/ou d’utilisation simple (à titre d’exemple, la vaccination avec une souche tuée par le formol nécessite 6 injections par voie intraveineuse !) et/ou d’un usage sûr (un vaccin inactivé et adjuvé par une huile minérale a même conduit à une exacerbation des signes cliniques après une épreuve expérimentale) si bien qu’aucun vaccin n’est actuellement commercialisé en France.
Les espoirs reposent sur l’utilisation des souches mutées sur le gène tlyA. Ces souches protègent partiellement contre une épreuve virulente et diminuent le temps de portage. Des études sont cependant nécessaires pour confirmer cette protection et vérifier que la protection est obtenue vis-à-vis de tous les sérovars. Une autre voie d’approche consiste à utiliser des vaccins sous-unités incluant notamment l’hémolysine TlyA.
La prophylaxie repose donc sur l’utilisation d’antibiotiques dans l’alimentation (carbadox, olaquindox, ...) et surtout sur la prophylaxie sanitaire (contrôle des animaux importés dans l’élevage, limitation des visites, lutte contre les rongeurs, nettoyage, désinfection, vide sanitaire, ...) qui est à la base de tous les programmes de prévention.
Orientation bibliographique
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Technique d'étude de la fermentation des sucres : Ensemencement avec 0,1 mL d’un inoculum lourd d’un tube contenant 0,1 mL de bouillon trypticase soja sans glucose, enrichi de 10 p. cent de sérum de lapin et contenant 1 p. cent du sucre à étudier. Le tube est incubé en anaérobiose durant 72 heures à 37 °C puis placé 10 minutes en aérobiose. Une goutte de rouge de phénol à 0,02 p. cent est alors ajoutée et la fermentation est appréciée par le virage de l’indicateur de pH.
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