Enterovibrio, enterovibrio norvegicus
Description
Le genre Enterovibrio et l'espèce Enterovibrio norvegicus ont été validement publiés le 29 novembre 2002 pour accueillir 22 souches bactériennes, phénotypiquement proches du genre Vibrio, et isolées de l'intestin de larves saines de turbots (Scophthalmus maximus*) élevés à la station d'aquaculture expérimentale de Austevoll (Norvège).
L'étude du génome effectuée par AFLP (Amplified Fragment Length Polymorphism) montre que les 22 souches forment un groupe distinct de tous les autres représentants de la famille des Vibrionaceae. Les séquences des ARNr 16S (étude réalisée sur trois souches) possèdent 94 p. cent d'homologie avec la séquence de l'ARNr 16S de Vibrio hollisae qui est l'espèce phylogénétiquement la plus proche. Les homologies ADN - ADN, réalisées sur cinq souches, montrent qu'elles constituent une unique genomospecies** (pourcentages d'homologie au moins égaux à 87) et que cette genomospecies est distincte de Vibrio hollisae (les homologies obtenues entre les ADN des cinq souches testées et l'ADN de la souche type de Vibrio hollisae sont au maximum de 22 p. cent).
Au sein de la famille des Vibrionaceae, les analyses phylogénétiques montrent qu'un pourcentage d'homologie des séquences des ARNr 16S inférieur à 95 est compatible avec la création d'un nouveau genre. Les caractères phénotypiques permettant de différencier les 22 souches isolées des larves de turbots, Thompson et al. proposent la création du nouveau genre Enterovibro et de la nouvelle espèce Enterovibrio norvegicus.
Le genre Enterovibrio est constitué de bacilles à Gram négatif, mobiles, chimio-organotrophes, aéro-anaérobies, à métabolisme oxydatif et fermentatif, oxydase et catalase positives, nitrate réductase négative, mésophiles, modérément halophiles, non luminescents, résistant à 10 et à 150 µg de O/129, assimilant la dextrine, la N-acétyl-D-glucosamine et le D-glucose, donnant une réponse positive aux tests ONPG, ADH et indole, donnant une réponse négative aux tests LDC, ODC, RM et VP.
Le G + C p. cent est compris entre 47,1 et 47,9.
Le genre Enterovibrio appartient à la famille des Vibrionaceae (ordre des "Vibrionales", sous-division gamma de la classe des Proteobacteria ; voir le fichier "Taxons inclus dans les groupes taxonomiques d'un rang hiérarchique supérieur au genre").
Outre les caractères du genre Enterovibrio, les souches de Enterovibrio norvegicus se présentent sous la forme de bacilles de 0,8 µm de diamètre sur 1,0 à 1,2 µm de longueur, mobiles grâce à un unique flagelle polaire.
. En utilisant des galeries API 20E, la réponse est positive pour l'ONPG, l'ADH, la production d'indole et l'acidification du glucose. La réponse est négative pour les autres tests.
. En galeries API ZYM, Enterovibrio norvegicus produit une phosphatase alcaline, une estérase (C4), une estérase lipase (C8), une lipase (C14), une leucine arylamidase, une phosphatase acide, une naphtol-AS-BI-phosphohydrolase et une bêta-galactosidase. La réponse est négative pour la production de valine arylamidase, de cystine arylamidase, de trypsine, d'alpha chymotrypsine, d'alpha galactosidase et d'alpha glucuronidase. L'éventuelle production des autres enzymes n'est pas indiquée.
. L'assimilation de divers substrats, étudiée à l'aide de galeries Biolog GN metabolic fingerprinting, révèle une utilisation de la dextrine, de la N-acétyl-D-glucosamine et du D-glucose. L'assimilation de la L-alanine, de la L-alanyl-glycine, de la L-asparagine, de l'acide bêta-hydroxybutyrique, du D-fructose, de l'acide galacturonique, du gentiobiose, de l'acide L-glutamique, du glycogène, de l'inosine, de l'acide lactique, de l'acide malonique, du maltose, du D-mannitol, du D-mannose, du psicose, du D-sorbitol, de l'acide succinique, du D-tréhalose, de la thymidine et de l'uridine est variable selon les souches. Les autres substrats ne sont pas assimilés.
Aucune croissance n'est observée en l'absence de NaCl, en présence de 8 p. cent de NaCl, à 4 °C ou à 35 °C. En revanche, une température d'incubation comprise entre 20 et 28 °C ainsi que la présence de 1,5 à 2 p. cent de NaCl permettent d'observer une culture abondante. La culture est facilement obtenue sur le milieu Marine Agar 2216E (Difco) ainsi que sur des géloses trypticase soja ou cœur-cervelle contenant 1,5 ou 2 p. cent de NaCl. Après deux jours d'incubation à 27-28 °C, les colonies sont rondes, lisses, à contour régulier, de couleur beige et leur diamètre est d'environ 1 mm.
La croissance sur milieu TCSB*** est lente et, après trois jours d'incubation à 28 °C, les colonies ont une couleur verte.
Enterovibrio norvegicus se différencie facilement des Photobacterium sp. et des Salinivibrio sp. car cette espèce est indologène et ne produit pas d'acétoïne. Enterovibrio norvegicus se distingue également des Salinivibrio sp. par la synthèse d'une bêta-galactosidase et par l'absence de synthèse d'une gélatinase.
La distinction entre Enterovibrio norvegicus et les Vibrio sp. nécessite le recours à un ensemble de caractères :
. La plupart des espèces du genre Vibrio réduisent les nitrates (sauf Vibrio cyclitrophicus corrig., Vibrio gazogenes, Vibrio metschnikovii et Vibrio salmonicida).
. La plupart des Vibrio sp. assimilent le pyruvate (sauf Vibrio halioticoli et Vibrio tapetis).
. À l'exception de Vibrio aerogenes et de Vibrio lentus, les Vibrio sp. sont sensibles à 150 µg de O/129.
. Quelques caractères permettant de différencier Enterovibrio norvegicus des espèces du genre Vibrio indologènes et pouvant produire une arginine di-hydrolase sont donnés dans le tableau I.
Le turbot est une espèce ayant un grand intérêt commercial et qui fait l'objet d'un élevage important. Dans les élevages, la mortalité des larves est parfois élevée, notamment au cours de la deuxième semaine suivant l'éclosion. La mortalité semble due à des bactéries pathogènes opportunistes et une colonisation précoce de l'intestin par des bactéries dépourvues de tout pouvoir pathogène peut avoir un effet bénéfique. De ce point de vue, Vibrio alginolyticus, Vibrio proteolyticus et la souche Q40 de Vibrio mediterranei semblent se comporter comme des probiotiques.
Enterovibrio norvegicus est non pathogène pour les larves de turbot mais sont éventuel rôle bénéfique reste à évaluer.
Orientation bibliographique
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GOMEZ-GIL (B.), ROQUE (A.) et TURNBULL (J.F.) : The use and selection of probiotic bacteria for use in the culture of larval aquatic organisms. Aquaculture, 2000, 191, 259-270.
HUYS (L.), DHERT (P.), ROBLES (R.), OLLEVIER (F.), SORGELOOS (P.) et SWINGS (J.) : Search for beneficial bacterial strains for turbot (Scophthalmus maximus L.) larviculture. Aquaculture, 2001, 193, 25-37.
KITA-TSUKAMARO (K.), OYAIZU (H.), NANBA (K.) et SIMIDU (U.) : Phylogenetic relationships of marine bacteria,mainly members of the family Vibrionaceae, determined on the basis of 16S rRNA sequences. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 8-19.
RINGØ (E.) et GATESOUPE (F.J.) : Lactic acid bacteria in fish: a review. Aquaculture, 1998, 160, 177–203.
THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), THOMPSON (C.C.), GORIS (J.), GOMEZ-GIL (B.), HUYS (L.), DE VOS (P.) et SWINGS (J.) : Enterovibrio norvegicus gen. nov., sp. nov., isolated from the gut of turbot (Scophthalmus maximus) larvae: a new member of the family Vibrionaceae. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 2015-2022.
* :
Classification de Scophthalmus maximus d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Metazoa ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Euteleostomi ; Actinopterygii ; Neopterygi i; Teleostei ; Euteleostei ; Neoteleostei ; Acanthomorpha ; Acanthopterygii ; Percomorpha ; Pleuronectiformes ; Pleuronectoidei ; Scophthalmidae ; Scophthalmus ; Scophthalmus maximus.
Pour quelques renseignements sur Scophthalmus maximus voir le fichier Species Summary for Scophthalmus maximus sur le site FishBase hébergé par le Muséum National d'Histoire Naturelle (http://ichtyonb1.mnhn.fr/search.cfm). En cas d'indisponibilité du serveur il est toujours possible d'utiliser le serveur d'origine (http://www.fishbase.org/home.htm) ou le site allemand (http://filaman.uni-kiel.de/search.cfm).
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** : voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.
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*** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose
Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6
Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.
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