Helicobacter canis
Description
Systématique
La recherche systématique de campylobactéries dans les selles d'un millier de chiens a permis à Stanley et al. d'isoler 15 souches bactériennes constituant une unique genomospecies et dont les caractères phénotypiques sont plus proches des hélicobactéries que des campylobactéries d'où la dénomination de "HC (Helicobacter canine) group" utilisée pour désigner ces bactéries. Ultérieurement, une souche du groupe HC a été isolée d'un enfant atteint de diarrhée.
En 1993, Stanley et al. publient les résultats d'une étude génotypique (détermination du G + C p. cent, hybridation ADN - ADN, détermination de la séquence du gène codant pour l’ARNr 16S) et phénotypique (étude structurale et morphologique, caractères culturaux, recherche d’une DNase, caractères biochimiques, électrophorèse des protéines) portant sur cinq souches du groupe HC (quatre souches isolées de chiens et l'unique souche isolée des fèces de l'homme).
Les hybridations ADN - ADN montrent que les cinq souches présentent des pourcentages d'homologie supérieurs à 70 alors que les pourcentages d'homologie obtenus avec les souches types ou les souches de référence d'autres espèces appartenant à la subdivision epsilon des Proteobacteria ( Arcobacter sp., Campylobacter sp., Helicobacter sp., Wolinella sp.) sont inférieurs à 52.
Les études phylogénétiques révèlent que la souche NCTC 12739 (qui sera désignées comme la souche type de Helicobacter canis) est apparentée à Helicobacter cinaedi et à "Flexispira (Helicobacter) rappini". L'analyse électrophorétique des protéines confirme que la souche NCTC 12739 appartient bien au genre Helicobacter.
Les caractères morphologiques, structuraux (notamment la présence de flagelles engainés) et biochimiques sont compatibles avec l'appartenance au genre Helicobacter et, comme ces souches sont identifiables par leurs caractères bactériologiques, Stanley et al. proposent la dénomination de Helicobacter canis. Cette nomenclature sera validement publiée en 1994 par inscription sur la liste de validation n° 49.
Caractères bactériologiques
Helicobacter canis possède les caractères du genre Helicobacter* tel qu’il est défini par Vandamme et al. à l'exception d'une réponse très généralement négative au test catalase.
Les souches de Helicobacter canis se présentent sous la forme de bacilles à Gram négatif, de forme hélicoïdale, mesurant 0,25 à 0,5 µm de diamètre sur 3 à 4 µm de longueur, mobiles grâce à un flagelle engainé inséré à chacune des extrémités des cellules, micro-aérophiles, inactifs sur les sucres, sensibles à l'acide nalidixique (32 mg/L), sensibles au métronidazole (4 mg/L), sensibles à la carbénicilline (32 mg/L) et résistants à la polymyxine B (absence de zone d'inhibition autour d'un disque chargé à 300 UI).
Une réponse positive est obtenue pour les tests oxydase, phosphatase alcaline (quelques souches donnent une réponse faiblement positive), croissance à 37 °C, croissance à 42 °C, croissance en présence de 100 mg/L de 5-fluorouracyl, croissance en présence de 1 p. cent et de 1,5 p. cent de bile.
La réponse est négative pour les tests catalase (quelques souches peuvent être faiblement catalase positive), uréase, production d'hydrogène sulfuré (milieu TSI), DNase, réduction des nitrates, réduction du sélénite, hydrolyse de l'hippurate, croissance à 20, à 25 ou à 30 °C, croissance en aérobiose, croissance en anaérobiose, croissance sur gélose nutritive, croissance sur gélose de MacConkey, tolérance à la safranine O (0,001 p. cent), tolérance à 1 p. cent de glycine, tolérance à 2 et à 3,5 p. cent de NaCl.
La synthèse d'une indoxyl acétate estérase et la sensibilité à la céfalotine sont variables selon les souches.
Sur gélose au sang de cheval, les colonies obtenues après 48 heures d’incubation (37 °C, atmosphère micro-aérophile) sont minuscules, elles ont un aspect en goutte d’eau, elles sont non pigmentées, translucides et alpha hémolytiques.
Habitat et pouvoir pathogène
Contrairement aux hélicobactéries isolées de l'estomac des carnivores, Helicobacter canis a fait l'objet d'un nombre restreint de publications concernant son habitat et son pouvoir pathogène.
Helicobacter canis est principalement isolé chez le chien mais cette espèce ne semble pas être associée à des cas de diarrhées. En octobre 1999, quatre souches de Helicobacter canis ont été isolées de chats, atteints ou non de diarrhées, et vivant dans une même chatterie.
L’isolement à partir des fèces, la tolérance à la bile et l’absence d’une uréase suggèrent que cette bactérie a pour habitat l’intestin. Comme c'est le cas pour d'autres hélicobactéries dont l'habitat est l'intestin, la colonisation du foie est possible et une souche de Helicobacter canis a été isolée du foie d'un chiot âgé de deux mois. Le foie présentait des lésions d'hépatite multifocale nécrosante et Helicobacter canis était localisé à la périphérie des lésions, dans les canalicules biliaires.
Cette bactérie a la capacité de coloniser le tube digestif de l’homme puisqu’une souche a été isolée d’un enfant atteint de gastro-entérite. Une autre souche de Helicobacter canis a été isolée du sang mais, aucune précision n'est donnée en ce qui concerne l'âge et l'état de santé du patient. Le rôle des carnivores domestiques en tant que source de contamination pour l’espèce humaine nécessite des travaux supplémentaires.
Diagnostic bactériologique
Les souches de Helicobacter canis peuvent être isolées sur des milieux sélectifs (tel que la gélose Campylosel) dépourvus de polymyxine B et/ou de céfalotine et incubés à 37 °C dans une atmosphère micro-aérophile. Les points clés de l'identification sont l'absence de catalase, l'absence d'uréase, l'absence de réduction des nitrates, la croissance à 42 °C et la sensibilité à l'acide nalidixique (voir tableau I).
Helicobacter canis se différencie des espèces des genres Campylobacter ou Helicobacter catalase négative ou pouvant être catalase négative (Campylobacter jejuni subsp. doylei, Campylobacter sputorum, Campylobacter mucosalis, Campylobacter concisus, Campylobacter upsaliensis, Campylobacter helveticus et Helicobacter pullorum) par l'absence de nitrate réductase (seul Campylobacter jejuni subsp. doylei est catalase négative et nitrate réductase négative) et par l'absence d'hydrolyse de l'hippurate (caractère positif pour Campylobacter jejuni subsp. doylei).
L'identification phénotypique devrait être confirmée par d'autres méthodes : amplification d'un segment d'ADNr 16S de 1200 paires de bases suivie d'une analyse des fragments de restriction, séquençage de l'ADNr 16S, hybridation avec des sondes spécifiques, étude du profil protéique.
Orientation bibliographique
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VANDAMME (P.), FALSEN (E.), ROSSAU (R.), HOSTE (B.), SEGERS (P.), TYTGAT (R.) et DE LEY (J.) : Revision of Campylobacter, Helicobacter, and Wolinella taxonomy : emendation of generic descriptions and proposal of Arcobacter gen. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 88-103.
* : Caractères généraux du genre Helicobacter
(D'après : VANDAMME (P.), FALSEN (E.), ROSSAU (R.), HOSTE (B.), SEGERS (P.), TYTGAT (R.) et DE LEY (J.) : Revision of Campylobacter, Helicobacter, and Wolinella taxonomy : emendation of generic descriptions and proposal of Arcobacter gen. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 88-103.)
Bacilles à Gram négatif, non sporulés, non ramifiés, de forme droite ou incurvée ou spiralée, aux extrémités arrondies, mesurant 0,3 à 1,0 µm de diamètre sur 1,5 à 5 µm de longueur. Dans les vieilles cultures des formes arrondies ou coccoïdes sont généralement observées. Mobiles grâce à un unique flagelle polaire ou à un flagelle présent à chacun des pôles de la cellule ou à plusieurs flagelles polaires. Les flagelles sont entourés d'une gaine sauf pour Helicobacter mesocricetorum, Helicobacter pullorum, Helicobacter rodentium et Helicobacter sp. souche Eaton 94-536.
Le type respiratoire est micro-aérophile et le métabolisme est aérobie. Ce sont des bactéries chimio-organotrophes, inactives sur les sucres (ni oxydation ni fermentation), utilisant les acides aminés ou les intermédiaires du cycle de Krebs comme source d'énergie.
La croissance est optimale après une incubation effectuée à 37 °C dans une atmosphère humide et micro-aérophile. La présence d'hydrogène est nécessaire ou stimule la croissance. Aucune culture n'est observée après incubation à 25 °C ou en présence de 3,5 p. cent de NaCl. En revanche, la croissance n'est pas inhibée par 0,5 p. cent de glycine ou 0,04 p. cent de chlorure de triphényltétrazolium. Les colonies sont non pigmentées.
Un caractère positif est observé pour les tests oxydase et catalase (à l'exception de Helicobacter canis et de quelques souches de Helicobacter pullorum). La réponse est négative pour les tests production d'hydrogène sulfuré en milieu TSI et hydrolyse de l'hippurate.
La sensibilité à l'acide nalidixique et à la céfalotine est variable selon les espèces. Une sensibilité vis-à-vis de l'ampicilline, de la gentamicine, de la rifampicine et de la tétracycline est très généralement observée. En revanche, les souches résistent au triméthoprime.
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