Mycobacterium montefiorense
Créé le 27 novembre 2003
MYCOBACTERIUM MONTEFIORENSE
Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).
Depuis 1992, les murènes tachetées (Gymnothorax moringa) et les murènes vertes (Gymnothorax funebris), maintenues en captivité au SeaWorld Adventure Park (Orlando, Floride), présentent, sporadiquement, des lésions cutanées persistantes.
Initialement, les animaux avaient été capturés au large de la Floride à proximité d'îles appelées les clefs de la Floride ou Florida Keys (les Florida Keys comprennent des milliers de petites îles et de récifs de corail formant un archipel courbé s'étendant sur plusieurs centaines de kilomètres). Lors de leur capture, les murènes ne présentaient aucun signe clinique mais ceux ci ont été observés dès la période de quarantaine. Bien que les animaux malades n'aient pas servi à peupler les aquariums, l'infection a été détectée chez des animaux présentés au public peu de temps après l'ouverture du Parc.
Les murènes infectées présentent des nodules ulcérés, répartis sur tout le corps, notamment sur la tête et tout spécialement autour des narines. Ces lésions peuvent même s'étendre à l'intérieur des cavités nasales. Le diamètre des nodules varie de quelques millimètres à plus de 5 cm. Les examens anatomopathologiques révèlent des lésions granulomateuses et inflammatoires concernant le derme et le tissu sous-cutané. Une coloration de Kinyoun* permet de visualiser de rares bacilles acido-alcoolo-résistants se présentant de manière isolée ou groupés en petits amas.
Les essais d'isolement ont été effectués sur divers milieux classiques (gélose trypticase soja au sang de mouton, gélose Columbia ANC enrichie au sang de mouton, gélose chocolat, gélose de MacConkey, bouillon de Tood-Hewitt, bouillon au thioglycolate) et sur les milieux de Löwenstein-Jensen et de Middlebrook 7H10. Après 24 heures d'incubation des colonies de ¤ Photobacterium damselae et de Vibrio alginolyticus apparaissent sur les géloses au sang. Aucune mycobactérie n'est isolée même après huit semaines d'incubation. Toutefois, après 12 semaines d'incubation à 25 °C, des colonies, rugueuses, sèches, ressemblant à un œuf sur le plat sont observées sur une gélose au sang coulée en pente. Les examens bactérioscopiques permettent de visualiser des bactéries Gram positive et Kinyoun positive. L'analyse des séquences des ARNr 16S montrent que ces bactéries appartiennent au genre Mycobacterium et qu'elles sont apparentées à Mycobacterium triplex. Cependant, contrairement à Mycobacterium triplex, elles sont incapables de croître à des températures supérieures à 30 °C.
Des murènes saines, inoculées par voir intradermique avec 100 µL d'une suspension contenant 106 UFC/mL de mycobactéries, présentent en 7 à 15 jours des lésions au point d'inoculation. Ces lésions débutent par une coloration brune-rougeâtre de la peau et un œdème, puis elles évoluent en 8 semaines pour donner des nodules comparables à ceux observés dans la maladie naturelle. Dans tous les cas, la souche de mycobactéries peut être réisolée des lésions.
En 2003, Levi et al. rapportent les résultats d'une étude taxonomique effectuée sur une souche isolée d'une murène verte. Les auteurs prétendent respecter les normes établies pour la description d'une nouvelle espèce à croissance lente du genre Mycobacterium**. Cependant, on est très loin du compte aussi bien pour l'étude des caractères phénotypiques que pour l'étude des caractères génétiques !
. L'analyse des séquences des ARNr 16S confirme la parenté avec Mycobacterium triplex puisqu'il existe 99,4 p. cent d'homologie entre la séquence de la souche isolée d'une murène et la séquence de la souche type de Mycobacterium triplex.
. Le profil des acides gras est qualitativement et quantitativement différent de celui de Mycobacterium triplex.
. La séquence de l'espace intergénique 16S-23S ne correspond à aucune des séquences disponibles dans les bases de données. Le profil de restriction de l'espace intergénique permet d'établir une similitude avec ¤ Mycobacterium genavense, Mycobacterium lentiflavum et Mycobacterium triplex.
. La séquence d'un fragment de 400 pb du gène codant pour la protéine du choc thermique de 65 kDa présente 97,4 p. cent d'homologie avec la séquence homologue de Mycobacterium triplex et 96,1 p. cent d'homologie avec la séquence de ¤ Mycobacterium genavense.
. Les caractères phénotypiques permettent de caractériser la souche isolée d'une murène ce qui conduit Levi et al. à proposer la nomenclature de Mycobacterium montefiorense qui sera validement publiée par inscription sur la liste de validation n° 94.
Mycobacterium montefiorense présente les caractères généraux de la famille des Mycobacteriaceae*** et du genre Mycobacterium****.
La description de cette espèce est particulièrement succincte ! Selon Levi et al., elle est la suivante :
Mycobacterium montefiorense cultive lentement à 25 °C mais ni à 30 ni à 37 °C. Les colonies obtenues sur un milieu de Middlebrook sont non chromogènes et elles renferment des bacilles renflés et acido-résistants. Mycobacterium montefiorense est biochimiquement inactif (réponse négative aux tests uréase, arylsulfatase, niacine, réduction des nitrates, hydrolyse du Tween 80, tolérance à 5 p. cent de NaCl, catalase). Cette espèce peut être isolée sur une gélose au sang après 20 semaines***** d'incubation à 25 °C. Les colonies obtenues sur une gélose au sang renferment des cocco-bacilles colorables par le bleu de méthylène et retenant la coloration de Gram. Mycobacterium montefiorense est l'agent étiologique d'une maladie granulomateuse de la peau des murènes.
Les caractères permettant de différencier Mycobacterium montefiorense et Mycobacterium triplex sont donnés dans le tableau I.
Orientation bibliographique
Site Web : Tuberculose. Techniques de diagnostic en mycobactériologie (Michel Fabre, Frédéric Augu & Stéphane Lecaudey)
FLOYD (M.M.), GUTHERTZ (L.S.), SILCOX (V.A.), DUFFEY (P.S.), JANG (Y.), DESMOND (E.P.), CRAWFORD (J.T.) et BUTLER (W.R.) : Characterization of an SAV organism and proposal of Mycobacterium triplex sp. nov. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 2963-2967.
HERBST (L.H.), COSTA (S.F.), WEISS (L.M.), JOHNSON (L.K.), BARTELL (J.), DAVIS (R.), WALSH (M.) et LEVI (M.) : Granulomatous skin lesions in moray eels caused by a novel Mycobacterium species related to Mycobacterium triplex. Infect. Immun., 2001, 69, 4639-4646.
LEVI (M.H.), BARTELL (J.), GANDOLFO (L.), SMOLE (S.C.), COSTA (S.F.), WEISS (L.M.), JOHNSON (L.K.), OSTERHOUT (G.) et HERBST (L.H.) : Characterization of Mycobacterium montefiorense sp. nov., a novel pathogenic mycobacterium from moray eels that is related to Mycobacterium triplex. J. Clin. Microbiol., 2003, 41, 2147-2152.
LÉVY-FRÉBAULT (V.) et PORTAELS (F.) : Proposed minimal standards for the genus Mycobacterium and for description of new slowly growing Mycobacterium species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1992, 42, 315-323.
Source : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire, J.P. Euzéby — version archivée.