Anaerobiospirillum
Description
Systématique
En 1976 Davis et al. isolent de la gorge et du caecum de chiens Beagle, trois souches de bactéries anaérobies, à Gram négatif, spiralées, mobiles grâce à une ciliature lophotriche et amphitriche et ils proposent de placer ces bactéries dans le nouveau genre Anaerobiospirillum avec la dénomination de Anaerobiospirillum succiniciproducens. Ce genre figure dans les Approved Lists of Bacterial Names et, dans le Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, il est placé dans la famille des Bacteroidaceae bien que sa position taxonomique soit inconnue. Ultérieurement, Anaerobiospirillum succiniciproducens et des bactéries apparentées au genre Anaerobiospirillum ont été isolées de cas de bactériémies et de diarrhées chez l’homme.
La détermination du G + C p. cent, les études d’homologie ADN - ADN et les caractères phénotypiques montrent que les souches de Anaerobiospirillum-like constituent une nouvelle espèce, Anaerobiospirillum thomasii.
L'étude de la séquence de l'ARNr 16S de Anaerobiospirillum succiniciproducens montre que cette bactérie appartient à la branche gamma des Proteobacteria et qu'elle est phylogéniquement proche de Ruminobacter amylophilus.
Caractères bactériologiques
Le genre Anaerobiospirillum est constitué par des bacilles à Gram négatif, non sporulés, de forme hélicoïdale, de 0,6 à 0,8 mm de diamètre sur 3 à 32 mm de longueur, mobiles grâce à une touffe de flagelles insérée à chacune des extrémités de la cellule, anaérobies strictes, catalase, oxydase et nitrate réductase négatives, n’hydrolysant ni l’esculine ni l’hippurate ni l’urée, à métabolisme fermentatif avec production d’acide succinique, d’acide acétique et, en faible quantité, d’acides lactique et formique.
Un caractère positif est obtenu pour les tests leucine arylamidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, acidification du galactose, du glucose et du maltose.
Une réponse négative est notée pour la production de phosphatase alcaline, d'estérase (C-4), d'estérase-lipase (C-8), de lipase (C-14), de valine arylamidase, de cystine arylamidase, de trypsine, de chymotrypsine, de phosphohydrolase, d'alpha-galactosidase, de bêta-glucuronidase, de bêta-glucosidase, d'alpha-mannosidase et d'alpha-fucosidase ainsi que pour l'acidification du cellobiose, du mannitol, de la salicine, du sorbitol et du tréhalose.
La culture nécessite des milieux riches, spécialement développés pour les bactéries anaérobies et additionnés de sang de cheval. Après 3 jours d'incubation en anaérobiose, les colonies ont un diamètre de 0,5 à 1 mm, elles sont circulaires, convexes et translucides. La température optimale de croissance est comprise entre 37 et 42 °C. Aucune culture n'est obtenue à 22 °C.
Les principaux caractères permettant de différencier les deux espèces du genre Anaerobiospirillum figurent dans le tableau I.
Habitat et pouvoir pathogène
L’habitat semble être constitué par l’intestin du chien et du chat. Ces bactéries seraient des hôtes normaux de la flore intestinale et elles sont dépourvues de pouvoir pathogène pour les carnivores.
En revanche, ces bactéries ne font pas partie de la flore du tube digestif de l’homme et elles sont susceptibles de provoquer des diarrhées (Anaerobiospirillum succiniciproducens, Anaerobiospirillum thomasii) ou des septicémies (Anaerobiospirillum succiniciproducens) chez les sujets affaiblis (alcoolisme, athérome, cancers, diabète sucré, mauvaise dentition, intervention chirurgicale récente). Chez l’homme, la contamination se ferait par voie orale car la septicémie est souvent précédée ou accompagnée de troubles gastro-intestinaux, mais elle pourrait également résulter de la contamination d’une plaie. En effet, dans un cas de septicémie, la contamination semble avoir pour origine une plaie souillée par de l’eau de mer dans laquelle la bactérie serait capable de survivre.
Il est probable que les Anaerobiospirillum sp. soient des agents de zoonoses car : 1) Malnick et al. ont mis en évidence une relation entre des cas d’infections chez l’homme et un contact avec un chien ou un chat; 2) Une souche de Anaerobiospirillum succiniciproducens, isolée d'un cas de diarrhée chez un enfant âgé de 6 mois s'est révélée identique à une souche isolée du chien de la maison; 3) Dans un cas de septicémie due à Anaerobiospirillum succiniciproducens, le patient avait eu un contact avec des excréments d'animaux.
Les infections à Anaerobiospirillum sont sans doute sous-estimées car le diagnostic est difficile et ce genre est encore mal connu des bactériologistes.
Diagnostic bactériologique
Le diagnostic bactériologique est difficile pour de nombreuses raisons :
- La culture nécessite des milieux enrichis, des conditions d'anaérobiose stricte et elle n'est que rarement obtenue sur certains milieux sélectifs (par exemple le milieu de Skirrow) utilisés couramment pour les coprocultures.
- la croissance dans des milieux pour hémoculture ne conduit, le plus souvent, ni à un trouble ni à une hémolyse visibles.
- Le germe peut être confondu avec une campylobactérie voire même avec un leptospire ou une borrelia.
L'isolement du germe au sein d'une flore complexe nécessite l'utilisation d'un milieu sélectif mis au point par Malnick et al. Ce milieu contient 2500 UI/L de polymyxine, 20 mg/L de vancomycine, 100 mg/L de sulfaméthoxazole, 250 mg/L de bleu Victoria et 50 mL/L de sang de cheval lysé par la saponine. Sur ce milieu, les colonies ont un aspect caractéristique car elles ont une couleur bleu foncé alors que les autres bactéries capables de se développer donnent des colonies soit bleu pale (Lactobacillus sp.) soit blanches (Enterobacteriaceae) soit grises (Desulfovibrio sp.).
L'utilisation de kits commercialisés ne permet pas le diagnostic car les Anaerobiospirillum sp. ne sont pas répertoriés dans les bases de données des fabriquants. La mise en évidence des flagelles apparaît cruciale pour l'identification et notamment pour éviter une confusion avec une campylobactérie.
Les caractères permettant un diagnostic différentiel entre les deux espèces du genre sont donnés dans le tableau I.
Sensibilité aux antibiotiques
La sensibilité aux antibiotiques n'a été déterminée que sur un nombre réduit de souches. Ces bactéries sont généralement sensibles à la carbénicilline, à la céphalotine ou au chloramphénicol et résistantes à la vancomycine et à l'acide nalidixique. La sensibilité est variable vis-à-vis de la pénicilline G , de l'ampicilline, de l'érythromycine, de la clindamycine et du métronidazole.
Orientation bibliographique
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