Fusobacterium equinum
Description
En 1991, Bailey et Love réalisent une étude de la flore orale du cheval et de la flore associée à des infections buccales, pharyngées ou respiratoires. Ces auteurs isolent six souches de Fusobacterium sp. présentant des analogies avec Fusobacterium necrophorum subsp. necrophorum et avec Filifactor alocis. Ultérieurement, d'autres souches de Fusobacterium sp. ont été isolées chez 34 chevaux atteints de pneumonies ou de pleurésies.
Des études d'hybridation ADN - ADN ont montré que 13 souches de Fusobacterium sp. isolées chez le cheval formaient une unique genomospecies*. Deux de ces souches ont fait l'objet d'une étude phénotypique et génotypique (séquençage de l'ARNr 16S, hybridation ADN - ADN avec la souche type de Filifactor alocis et les souches types de 10 espèces du genre Fusobacterium dont la souche type de Fusobacterium nucleatum, espèce type du genre Fusobacterium).
Les résultats des hybridations ADN - ADN montrent que ces deux souches forment une genomospecies distincte (les plus forts pourcentages d'homologie sont obtenus avec Fusobacterium necrophorum mais ils ne dépassent pas 64).
Les séquences des ARNr 16S des deux souches étudiées sont identiques mais elles diffèrent des séquences obtenues avec 21 autres espèces ou sous-espèces du genre Fusobacterium même si elles sont proches des séquences de Fusobacterium necrophorum et de Fusobacterium gonidiaformans. En revanche, ces deux souches sont phylogénétiquement éloignées de Filifactor alocis.
Les deux souches isolées du cheval peuvent être identifiées par leurs caractères phénotypiques et Dorsch et al. proposent de les placer dans une nouvelle espèce, Fusobacterium equinum dont la nomenclature a été validement publiée le 15 novembre 2001.
Les souches de Fusobacterium equinum se présentent sous la forme de bacilles ou de coccobacilles polymorphes, immobiles, à Gram négatif, anaérobies strictes. À l'isolement, on observe un mélange de coccobacilles et de bacilles aux extrémités arrondies, incurvés et souvent colorés de manière irrégulière. Après repiquages ou après culture en bouillon, les formes courtes dominent.
Une réponse positive est obtenue pour la production d'indole, pour la croissance en présence de bile et pour les tests lipase et estérase. En utilisant une galerie API ZYM une activité enzymatique est détectée uniquement vis-à-vis du 2-naphtyl phosphate, du naphtol-AS-BI-phosphate, du 2-naphtyl butyrate et du 2-naphtyl caprylate.
Une réponse négative est notée pour les tests hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de la gélatine (réaction parfois faiblement positive), fermentation de l'amidon, de l'esculine, du fructose, du glucose, du lactose, du maltose, du mannose et du saccharose. Une suspension d'hématies de poulet à 3 p. cent n'est pas agglutinée.
Les principaux produits du métabolisme sont l'acide acétique, l'acide propionique et l'acide butyrique. Le lactate et la thréonine sont métabolisés en propionate.
Après deux jours d'incubation en anaérobiose, les colonies obtenues sur gélose au sang de mouton sont circulaires avec un contour régulier ou légèrement crénelé, plus ou moins convexes, de couleur crème et leur diamètre est varie de 1 à 2 mm. Après repiquage en bouillon CMM (Cooked Meat Medium), la croissance obtenue après 24 heures d'incubation se traduit par un sédiment important.
L'identification de Fusobacterium equinum s'avérera sans doute difficile pour un laboratoire non spécialisé dans l'étude des bactéries anaérobies. Cette espèce se différencie de Fusobacterium necrophorum subsp. necrophorum par son incapacité à produire une phosphatase alcaline et par son incapacité à agglutiner les globules rouges de poulet. Elle se différencie de Filifactor alocis par la présence d'une lipase et par son absence de pouvoir hémagglutinant. En revanche il semble difficile de distinguer Fusobacterium equinum de Fusobacterium necrophorum subsp. funduliforme. En effet, les caractères obtenus avec cette sous-espèce, telles que la croissance en présence de bile, la fermentation du glucose et la production d'une lipase sont variables selon les auteurs.
Fusobacterium equinum est un hôte normal de la cavité orale du cheval mais cette bactérie peut se comporter en pathogène opportuniste, notamment à la suite d'un stress lié au transport. Elle est alors isolée d'infections des voies respiratoires supérieures ou profondes, d'infections de la cavité buccale, de pharyngites ou d'amygdalites.
Toutes les souches étudiées se sont révélées sensibles à la pénicilline G, à amoxicilline, au chloramphénicol, à la doxycycline et au métronidazole. La plupart des souches est sensible à l'érythromycine.
Orientation bibliographique
BAILEY (G.D.) et LOVE (D.N.) : Oral associated bacterial infection in horses: studies on the normal anaerobic flora from the pharyngeal tonsillar surface and its association with lower respiratory tract and paraoral infections. Vet. Microbiol., 1991, 26, 367-379.
BAILEY (G.D.) et LOVE (D.N.) : Fusobacterium pseudonecrophorum is a synonym for Fusobacterium varium. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 819-821.
DORSCH (M.), LOVE (D.N.) et BAILEY (G.D.) : Fusobacterium equinum sp. nov., from the oral cavity of horses. Int. J. Syst. Evol. Microbiol. 2001, 51, 1959-1963.
RACKLYEFT (D.J.) et LOVE (D.N.) : Bacterial infection of the lower respiratory tract in 34 horses. Aust. Vet. J., 2000, 78, 549-559.
SHINJO (T.), FUJISAWA (T.) et MITSUOKA (T.) : Proposal of two subspecies of Fusobacterium necrophorum (Flügge) Moore and Holdeman: Fusobacterium necrophorum subsp. necrophorum subsp. nov., nom. rev. (ex Flügge 1886), and Fusobacterium necrophorum subsp. funduliforme subsp. nov., nom. rev. (ex Hallé 1898). Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 395-397.
* : Définition d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne :
Une genomospecies est définie comme l'ensemble des souches présentant, dans les conditions optimales de réassociation (55 °C), un pourcentage d'homologie ADN - ADN supérieur à 70 avec une instabilité thermique des hybrides inférieure à 5 °C.
Lorsqu'une genomospecies peut être identifiée par ses caractères phénotypiques, elle reçoit un nom et devient une espèce. En revanche, si aucun caractère phénotypique ne permet d'identifier facilement la genomospecies, elle demeure innomée.
Le terme de "genomospecies" a été proposé par Brenner et al. en 1993 pour remplacer le terme de "genospecies" préalablement utilisé (voir : Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 645-658.).
Genomospecies est un synonyme de "espèce génomique" et de "genomovar". Le suffixe "var" est généralement utilisé pour des taxons d'un rang hiérarchique inférieur à la sous-espèce (biovar, pathovar, sérovar...) si bien que le nom de "genomovar" ne semble pas judicieux.
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