Mycobacterium shottsii
Créé le 20 mars 2003
MYCOBACTERIUM SHOTTSII
Systématique
Mycobacterium shottsii est la nomenclature validement publiée le 14 mars 2003 pour 21 souches de mycobactéries à croissance lente, isolées de bars d'Amérique (Morone saxatilis*) capturés dans la baie de Chesapeake ou dans certaines des rivières qui s'y jettent (Potomac, James River et Rappahannock River).
Le chromatogramme des acides mycoliques de la souche type (la souche M175 = ATCC 700981 = NCTC 13215) ressemble à celui de Mycobacterium tuberculosis mais le temps d'élution est plus court ce qui indique que les acides mycoliques possèdent plus de groupes polaires et ont une chaîne carbonée plus courte. Un tel profil semble original et ne figure pas dans la base de données des Centers for Disease Control and Prevention (CDC).
L'ARNr 16S de la souche M175 ainsi que les ARNr 16S de trois autres souches possèdent la séquence signature de 140 pb, spécifique des mycobactéries à croissance lente. Cette séquence est identique pour les quatre souches et une seule paire de bases différencie cette séquence des séquences homologues présentes chez ¤ Mycobacterium marinum et Mycobacterium ulcerans.
L'alignement des séquences des ARNr 16S de la souche M175 et de 23 autres espèces du genre Mycobacterium indique également une parenté étroite entre la souche M175, ¤ Mycobacterium marinum et Mycobacterium ulcerans. De fait, les pourcentages d'homologies entre les séquences de la souche M175 et ¤ Mycobacterium marinum ou Mycobacterium ulcerans sont de 99,2.
L'analyse phylogénétique révèle également que Mycobacterium shottsii ainsi que ¤ Mycobacterium marinum, Mycobacterium ulcerans et "Mycobacterium chesapeaki"** sont les espèces du groupe des MAMT (mycobactéries autres que les mycobactéries responsables de la tuberculose) les plus proches de Mycobacterium tuberculosis.
Les caractères phénotypiques permettent d'identifier les 21 souches isolées de bars d'Amérique ce qui conduit Rhodes et al. (2003) à proposer la création d'une nouvelle espèce, Mycobacterium shottsii.
On peut cependant remarquer (i) que les souches de ¤ Mycobacterium marinum et de Mycobacterium ulcerans, utilisées dans l'étude de Rhodes et al., ne sont pas les souches types de ces deux espèces ; (ii) que des souches dont les ARNr 16S présentent un pourcentage d'homologie égal ou supérieur à 97 p. cent avec les ARNr 16S d'autres espèces n'appartiennent pas obligatoirement à une nouvelle espèce (voir Stackebrandt et Goebel) et (iii) que les standards minimaux, permettant de décrire une nouvelle espèce du genre Mycobacterium et une nouvelle espèce de mycobactéries à croissance lente, ne sont pas respectés (absence de détermination du G + C p. cent, absence d'hybridations ADN - ADN).
Si l'on tient compte de ses caractères phénotypiques, Mycobacterium shottsii semble être différent de "Mycobacterium chesapeaki", espèce également isolée de bars d'Amérique vivant dans la baie de Chesapeake. On peut cependant déplorer que la souche RH2000, souche type de "Mycobacterium chesapeaki", n'ait pas été incluse dans l'étude de Rhodes et al.
Caractères bactériologiques
Mycobacterium shottsii possède les caractères généraux de la famille des Mycobacteriaceae*** et du genre Mycobacterium****. C'est une espèce à croissance lente et non pigmentée qui appartient donc au groupe III de la classification de Runyon*****.
Les souches de Mycobacterium shottsii se présentent comme des bacilles acido-alcoolo-résistants, de 0,4 à 0,6 µm de diamètre sur 0,8 à 1,0 µm de longueur, ayant tendance à former de petits amas, non sporulés, ne présentant pas de ramification.
Une réponse positive (incubation à 23 °C) est notée pour les tests pyrazinamidase (après 14 à 21 jours d'incubation), uréase, accumulation de niacine, réduction du tellurite, résistance à l'isoniazide (1 µg/mL), résistance au TCH et résistance à la thiacétazone.
Une réponse négative (incubation à 23 °C) est observée pour les tests nitrate réductase, arylsulfatase (après 3 ou 14 jours d'incubation), catalase semi-quantitative, bêta-galactosidase, pyrazinamidase (après 7 jours d'incubation), hydrolyse du Tween 80, résistance à la rifampicine (5 µg/mL), résistance à l'isoniazide (10 µg/mL), résistance à l'hydroxylamine, résistance à l'acide p-nitrobenzoïque et résistance à l'acide oléique.
Les réponses aux tests catalase thermostable, phosphatase acide, résistance à l'acide p-aminosalicylique (2 µg/mL et 10 µg/mL) et résistance à la rifampicine (1 µg/mL) sont variables selon les souches.
La température optimale de croissance est comprise entre 23 et 25 °C. Quelques souches cultivent à 30 °C mais aucune culture n'est obtenue à 37 ou à 42 °C.
Après 4 à 6 semaines d'incubation à 23 °C, les colonies, obtenues sur gélose 7H10 enrichie de mélange ADC******, sont non pigmentées et leur diamètre varie de 0,5 à 1 mm. La majorité des colonies sont rugueuses, plates et leur contour est légèrement irrégulier. Quelques colonies apparaissent lisses, leur contour est régulier et elles sont légèrement bombées.
Aucune culture n'est obtenue sur gélose de MacConkey ou sur milieu de Löwenstein-Jensen contenant 5 p. cent de NaCl.
Habitat et pouvoir pathogène
Mycobacterium shottsii est isolé de bars d'Amérique présentant des signes cliniques comparables à ceux observés lors d'une infection par ¤ Mycobacterium marinum. L'inoculation par voie intra-péritonéale de Mycobacterium shottsii à des bars d'Amérique ne provoque que des lésions transitoires du mésentère ce qui contraste avec la sévérité des lésions consécutives à l'inoculation de ¤ Mycobacterium marinum.
L'habitat de cette bactérie n'est pas connu avec certitude et il en va de même pour sa répartition géographique, sa survie dans l'eau, les modalités de contamination de poissons...
La contamination de l'homme n'a pas été décrite mais, comme le font remarquer Rhodes et al. (2001), la plupart des mycobactérioses de l'homme, contractées par l'intermédiaire de l'eau, sont attribuées à ¤ Mycobacterium marinum sans examen bactériologique ou sans examen bactériologique approfondi.
La baie de Chesapeake est une profonde baie ramifiée du littoral atlantique des Etats-Unis (Maryland et Virginie) et ses rives échancrées favorisent les sites portuaires (Baltimore, Hampton Roads...), le cabotage et les activités maritimes. Le bar d'Amérique fait l'objet d'une pêche récréative et il n'est pas exclu que les poissons contaminés puissent infecter l'homme à la faveur d'érosions ou de blessures cutanées.
Diagnostic bactériologique
Le prélèvement peut être constitué par des lésions cutanées mais le meilleur prélèvement est la rate. La meilleure technique d'isolement serait la suivante : broyage de la rate dans du tampon phosphate ; ensemencement sur une gélose de Middlebrook 7H10 enrichie de mélange ADC ; incubation à 23 °C durant 4 à 6 semaines.
Rhodes et al. (2001) font état du traitement des prélèvements soit par le Zephiran à 3 p. cent soit par la soude à 2 p. cent soit par l'acide chlorhydrique à 2 p. cent. Toutefois, ces auteurs ne précisent pas quelle est la meilleure technique de décontamination ni si le recours à une décontamination conduit à l'obtention de meilleurs résultats.
Les principaux caractères phénotypiques permettant de différencier Mycobacterium shottsii d'autres mycobactéries pathogènes pour les poissons sont présentés dans le tableau I.
Orientation bibliographique
Site Web : Tuberculose. Techniques de diagnostic en mycobactériologie (Michel Fabre, Frédéric Augu & Stéphane Lecaudey)
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RHODES (M.W.), KATOR (H.), KOTOB (S.), VAN BERKUM (P.), KAATTARI (I.), VOGELBEIN (W.), FLOYD (M.M.), BUTLER (W.R.), QUINN (F.D.), OTTINGER (C.) et SHOTTS (E.) : A unique Mycobacterium species isolated from an epizootic of striped bass (Morone saxatilis). Emerging Infectious Diseases, 2001, 5, 896-899.
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STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.
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Maladies associées
Source : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire, J.P. Euzéby — version archivée.