Staphylococcus fleurettii
Description
Des souches de staphylocoques à coagulase négative peuvent être présentes dans le lait de chèvre et les fromages de chèvre au lait cru*. Certaines de ces souches produisent des entérotoxines* ce qui peut représenter un danger pour les consommateurs et rend nécessaire une évaluation des risques.
Lors d'une enquête effectuée sur du lait et des fromages de chèvre de la région Poitou-Charentes, Vernozy-Rozand et al. (1996) isolent 190 souches de staphylocoques dépourvues de coagulase dont 21 n'ont pu être identifiées. Six de ces souches ont été étudiées selon les recommandations du "Sous-comité de taxonomie des staphylocoques et des streptocoques**" et les résultats permettent de décrire une nouvelle espèce, Staphylococcus fleurettii.
La valeur du G + C p. cent (comprise entre 30,9 et 32) ainsi que les caractères morphologiques, physiologiques et structuraux permettent de placer les souches dans le genre Staphylococcus.
Dans les conditions optimales de ré-association, les six souches présentent des homologies ADN - ADN supérieures à 86 p. cent alors que les pourcentages d'homologie entre l'ADN de la souche 241 = CIP 106114 = DSM 13212 (qui sera désignée comme la souche type de Staphylococcus fleurettii) et les ADN des souches types de 36 espèces ou sous-espèces du genre Staphylococcus n'excède pas 44 (ce dernier pourcentage est obtenu avec la souche type de Staphylococcus vitulinus). L'instabilité thermique des hybrides formés par l'ADN de la souche 241 et l'ADN de la souche type de Staphylococcus vitulinus est supérieure à 5 °C. Les caractères phénotypiques permettent de caractériser les souches si bien que les conditions nécessaires pour décrire une nouvelle espèce sont remplies.
Les souches de Staphylococcus fleurettii sont constituées de coques de 0,8 à 1,4 µm de diamètre, immobiles, non sporulés, à Gram positif, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes chaînes ou en amas irréguliers, aéro-anaérobies, acidifiant le glycérol, catalase positive, résistants à la bacitracine, au composé vibriostatique O/129 et au lysozyme, sensibles à la lysostaphine, capables de croître en présence de 10 p. cent de NaCl, coagulase négative (plasma de lapin), "clumping factor" négatif, ne produisant pas de nucléase thermostable et résistants à la novobiocine.
Toutes les souches donnent une réponse positive aux tests réduction des nitrates, oxydase (technique utilisant une solution à 6 p. cent de tétraméthyl-p-phénylènediamine dans du diméthylsulfoxyde), acidification en aérobiose du D-fructose, du maltose, du D-mannose, du saccharose, du D-tréhalose et du turanose.
Une réponse négative est observée pour les tests pyrrolidonyl arylamidase, ADH, ODC, uréase, arginine arylamidase, bêta-glucuronidase, bêta-galactosidase, acidification en aérobiose du D-cellobiose, du L-fucose, du D-galactose, de l'alpha-lactose, du D-mélézitose, du D-raffinose, de la salicine et du D-xylitol.
La production d'acétoïne, la synthèse d'une phosphatase alcaline, l'hydrolyse de l'esculine, l'acidification en aérobiose du L-arabinose et du D-xylose sont des caractères variables selon les souches.
Sur gélose P incubée en aérobiose à 37 °C, les colonies dont le centre présente des ulcérations, sont opaques, bombées, leur diamètre est inférieur à 3 mm et les contours sont souvent irréguliers. Pour une des six souches, les colonies sont pigmentées en crème alors que les autres souches donnent des colonies non pigmentées.
Sur gélose trypticase soja, le diamètre des colonies atteint 8 à 12 mm et leur forme est régulière.
Les caractères permettant de distinguer Staphylococcus fleurettii des autres espèces du genre Staphylococcus dépourvues de coagulase, résistantes à la novobiocine et oxydase positive sont donnés dans la tableau I.
L'habitat et le pouvoir pathogène de Staphylococcus fleurettii sont encore inconnus. Toutes les souches ont été isolées de lait ou de fromages de chèvre et la recherche d'entérotoxines s'est avérée négative.
Les souches sont sensibles à la pénicilline G, à la gentamicine, à la kanamycine, à la tobramycine, à la néomycine, à la tétracycline, à la minocycline, à l'érythromycine, à la lincomycine, à la clindamycine, à la pristinamycine, à la rifampicine, à la teicoplanine et à la vancomycine.
Une sensibilité variable selon les souches est observée vis-à-vis de l'oxacilline et du chloramphénicol.
Orientation bibliographique
BRUN (Y.) et BES (M.) : Staphylococcus. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 783-830.
DEINHOFER (M.) et PERNTHANER (A.) : Staphylococcus spp. as mastitis-related pathogens in goat milk. Vet. Microbiol., 1995, 43, 161-166.
FRENEY (J.), KLOOS (W.E.), HAJEK (V.), WEBSTER (J.A.), BES (M.), BRUN (Y.) et VERNOZY-ROZAND (C.) : Recommended minimal standards for description of new staphylococcal species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 489-502.
VALLE (J.), GOMEZ-LUCIA (E.), PIRIZ (S.), GOYACHE (J.), ORDEN (J.A.) et VADILLO (S.) : Enterotoxin production by staphylococci isolated from healthy goats. Appl. Environ. Microbiol., 1990, 56, 1323-1326.
VERNOZY-ROZAND (C.), MAZUY (C.), MEUGNIER (H.), BES (M.), LASNE (Y.), FIEDLER (F.), ETIENNE (J.) et FRENEY (J.) : Staphylococcus fleurettii sp. nov., isolated from goat's milk cheeses. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 1521-1527.
VERNOZY-ROZAND (C.), MAZUY (C.), PERRIN (G.), HAOND (F.), BES (M.), BRUN (Y.) et FLEURETTE (J.) : Identification of Micrococcaceae isolated from goat's milk and cheese in the Poitou-Charentes region. Int. J. Food Microbiol., 1996, 30, 373-378.
VERNOZY-ROZAND (C.), MAZUY (C.), PREVOST (G.), LAPEYRE (C.), BES (M.), BRUN (Y.) et FLEURETTE (J.) : Enterotoxin production by coagulase-negative staphylococci isolated from goats' milk and cheese. Int. J. Food Microbiol., 1996, 30, 271-280.
* : Principales espèces du genre Staphylococcus dépourvues de coagulase et isolées du lait de chèvre et/ou de fromages de chèvre.
Staphylococcus arlettae, Staphylococcus auricularis, Staphylococcus capitis, Staphylococcus caprae, Staphylococcus chromogenes, Staphylococcus cohnii, Staphylococcus epidermidis, Staphylococcus equorum, Staphylococcus gallinarum, Staphylococcus haemolyticus, Staphylococcus hominis, Staphylococcus lentus, Staphylococcus lugdunensis, Staphylococcus saprophyticus, Staphylococcus schleiferi subsp. schleiferi, Staphylococcus sciuri, Staphylococcus simulans, Staphylococcus warneri, Staphylococcus xylosus.
Parmi ces espèces, des souches de Staphylococcus capitis, Staphylococcus caprae, Staphylococcus chromogenes, Staphylococcus epidermidis, Staphylococcus equorum, Staphylococcus haemolyticus, Staphylococcus lentus, Staphylococcus simulans, Staphylococcus warneri, Staphylococcus xylosus sont aptes à produire des entérotoxines.
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** : Tests à mettre en œuvre pour la description d'une nouvelle espèce du genre Staphylococcus selon les recommandations du "Sous-comité de taxonomie des staphylocoques et des streptocoques".
(D'après : FRENEY (J.), KLOOS (W.E.), HAJEK (V.), WEBSTER (J.A.), BES (M.), BRUN (Y.) et VERNOZY-ROZAND (C.) : Recommended minimal standards for description of new staphylococcal species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 489-502.)
Tests permettant de placer une souche dans le genre Staphylococcus :
Critères phénotypiques :
. Morphologie et coloration de Gram : les staphylocoques sont des coques à Gram positif.
. Catalase : à l'exception de Staphylococcus aureus subsp. anaerobius, de Staphylococcus saccharolyticus et de quelques rares souches appartenant aux autres espèces, les staphylocoques sont catalase positive.
. Mobilité : les staphylocoques sont immobiles.
. Type respiratoire : à l'exception de Staphylococcus aureus subsp. anaerobius et de Staphylococcus saccharolyticus, les staphylocoques sont aéro-anaérobies.
. Croissance en anaérobiose dans un milieu glucosé semi-solide au thioglycolate : la plupart des staphylocoques cultivent (parfois de manière modérée) en anaérobiose. Toutefois Staphylococcus arlettae, Staphylococcus equorum, Staphylococcus kloosii et Staphylococcus vitulinus ne cultivent pas dans la portion anaérobie du tube.
. Oxydation/fermentation du glucose : les staphylocoques ont un métabolisme fermentatif.
. Composition de la paroi : les ponts interpeptidiques du peptidoglycane contiennent de la glycine et des acides téchoïques sont présents.
Critères phénotypiques additionnels :
. Acidification du glycérol : la plupart des souches acidifie le glycérol en aérobiose en présence de 0,4 mg/L d'érythromycine. La présence d'érythromycine a pour but d'inhiber la croissance des microcoques. Toutefois, certaines souche de staphylocoques sont sensibles à 0,4 mg/L d'érythromycine et Brun et Bes (2000) conseillent l'utilisation d'un milieu dépourvu de cet antibiotique.
. Sensibilité à la lysostaphine : la plupart des souches sont sensibles à 200 mg/L de lysostaphine.
. Sensibilité au lysozyme : les staphylocoques résistent à 25 mg/L de lysozyme.)
. Sensibilité à la furazolidone : les staphylocoques sont sensibles à la furazolidone (disques chargées à 100 µg).
. Sensibilité à la bacitracine : les staphylocoques sont résistants à la bacitracine (disques chargées avec 0,04 unité).
. Sensibilité au composé vibriostatique O/129 (2,4-diamino-6,7-diisopropyloptéridine) : les staphylocoques sont résistants au O/129 (disques chargées à 0,5 mg)
. Structure des lipoquinones : les staphylocoques synthétisent des ménaquinones dont les unités isoprénoïdes sont insaturées.
. Structure des acides gras cellulaires : les staphylocoques synthétisent de l'acide eicosanoïque et octadécanoïque.
. Structure de la fructose-1,6-biphosphate aldolase : la fructose-1,6-biphosphate aldolase appartient à la classe I et elle n'est donc pas inactivée par l'éthylène diamine tétra-acétique.
Critères génotypiques :
. G + C p. cent : le G + C p. cent des staphylocoques est compris entre 30 et 40.
. Séquençage des ADNr 16S
Tests à réaliser pour la description d'une nouvelle espèce :
Tests phénotypiques :
. Caractères culturaux (conditions de croissance, aspect des colonies, pigmentation, hémolyse...).
. Sensibilité à 1,6 µg de novobiocine par mL de gélose P.
. Acidification des sucres (L-arabinose, D-cellobiose, bêta-D-fructose, D-fucose, D-galactose, D-glucose, alpha-lactose, D-mannitol, raffinose, D-mannose, maltose, D-mélézitose, D-ribose, saccharose, salicine, D-tréhalose, D-turanose, xylitol, D-xylose).
. Analyse des produits de fermentation (formation d'acide D-lactique ou d'acide L-lactique).
. Nitrate réductase.
. Phosphatase alcaline.
. Arginine di-hydrolase.
. Ornithine décarboxylase.
. Uréase.
. Oxydase.
. Recherche d'une staphylocoagulase.
. Recherche d'une protéine de liaison au fibrinogène ("clumping factor").
. Recherche d'une nucléase thermostable.
Tests phénotypiques additionnels :
. Acidification de la N-acétylglucosamine, de l'esculine, du D-mélibiose, du L-rhamnose.
. Réaction de Voges-Proskauer.
. Sensibilité à la fosfomycine (seul Staphylococcus saprophyticus est naturellement résistant à cet antibiotique).
. Hydrolyse du Tween 80.
. Lécithinase.
. Recherche de fibrinolysine ou staphylokinase.
. Recherche de bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, pyrrolidonyl arylamidase, arginine arylamidase...
. Sensibilité à divers antibiotiques, désinfectants et métaux lourds.
. Recherche d'une hémolyse alpha ou bêta vis-à-vis des globules rouges de mouton ou d'une hémolyse delta vis-à-vis de globules rouges humains.
. Activité staphylolytique (lyse de la souche FDA 209P de Staphylococcus aureus subsp. aureus).
. Structure de la membrane cytoplasmique.
. Analyse électrophorétique des protéines cellulaires.
. Recherche de la protéine A.
Tests génotypiques :
.
Tests génotypiques additionnels :
. Ribotypage.
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