Bilophila, bilophila wadsworthia
Description
Voir aussi le fichier : "Desulfovibrionales, Desulfovibrionaceae".
Les nomenclatures de Bilophila et de Bilophila wadsworthia ont été effectivement publiées en 1989, puis validement publiée le 9 juillet 1990 (voir la liste de validation n° 34).
L'étude de la séquence des ADNr 16S montre que le genre Bilophila est apparenté à Desulfovibrio desulfuricans et à Lawsonia intracellularis. Il appartient à la famille des Desulfovibrionaceae (ordre des Desulfovibrionales, classe des Deltaproteobacteria, phylum des "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria"). L'étude de la séquence des gènes codant pour la désulfoviridine confirme la parenté de Bilophila wadsworthia et de Desulfovibrio desulfuricans.
L'espèce Bilophila wadsworthia (seule espèce du genre) rassemble des bacilles à Gram négatif, droits*, aux extrémités arrondies, de 0,7 à 1,1 µm de diamètre sur 1,0 à 2,0 µm de longueur, immobiles, non sporulés, ne présentant pas de pili, chimio-organotrophes, anaérobies, à métabolisme respiratoire (respiration anaérobie), capables d'utiliser la taurine (2-aminoéthanesulfonate) comme accepteur d'électrons, métabolisant les peptones en produisant de l'acide acétique et dans une moindre mesure de l'acide succinique, inactifs sur les sucres, fortement catalase positive (test effectué avec de l'eau oxygénée à 15 p. cent), réduisant les nitrates en nitrites et parfois en azote, incapables de réduire les sulfates et synthétisant une sulfite réductase (désulfoviridine**).
. Une réponse positive est notée pour les tests production d'hydrogène sulfuré (à partir des acides aminés soufrés) et phosphatase acide (API ZYM).
. Une réponse négative est observée pour les tests hydrolyse de l'amidon et de l'esculine, indole, gélatinase et acidification des sucres.
. Environ 75 à 90 p. cent des souches sont uréase positive.
La croissance est stimulée par 20 p. cent de bile de bœuf et par 1 p. cent de pyruvate et elle nécessite une atmosphère strictement anaérobie.
. Après un minimum de 48 heures d'incubation 35-37 °C, les colonies obtenues sur une gélose Brucella au sang sont translucides, bombées, à contour circulaire mais érodé et leur diamètre est d'environ 0,6 à 0,8 mm.
. Sur une gélose "Bacteroides bile esculine"***, les colonies obtenues après un minimum de trois jours d'incubation ont un diamètre de 1 à 2 mm. Typiquement, ces colonies sont translucides, plates, circulaires, à contour érodé et elles présentent un centre noir (précipité d'hydrogène sulfuré). Plus rarement, elles sont légèrement convexes, noires et de forme irrégulière.
En l'absence d'infection, Bilophila wadsworthia est isolée des fèces de l'homme (et d'eaux usées), de la salive et du vagin.
Bien qu'elle ne représente que 0,01 p. cent de la flore fécale de l'homme, Bilophila wadsworthia est fréquemment isolée lors d'appendicites et d'infections abdominales. Cette espèce est également responsable de septicémies et elle est isolée, en association avec d'autres bactéries, d'abcès du cerveau, d'abcès du foie, d'abcès des glandes de Bartholin, de gingivites, d'ostéomyélites...
L'importance de Bilophila wadsworthia en médecine vétérinaire est faible. Cette bactérie a été isolée de 19 p. cent des chiens présentant une périodontite, elle a été mise en évidence par PCR dans les fèces de porcs ne présentant pas de lésions intestinales (la colonisation est plus fréquente chez les porcelets que chez les porcs sevrés) et elle a été mise en évidence par PCR dans le contenu intestinal d'environ 13 p. cent de poulets âgés de 3 à 8 semaines. Les poulets étaient atteints d'un syndrome de malabsorption, mais aucun pouvoir pathogène n'a pu être associé à la présence de Bilophila wadsworthia.
Les facteurs de pathogénicité sont très mal connus. L'injection d'une culture pure de Bilophila wadsworthia dans la cavité péritonéale de la souris conduit à la formation d'abcès bien que le germe soit dépourvu de capsule.
Bilophila wadsworthia possède une endotoxine (le test limule est positif) dont l'activité est faible. Une activité cytotoxique a été mise en évidence, mais la ou les toxines n'ont pas fait l'objet d'études complémentaires. Bilophila wadsworthia adhère aux cellules intestinales par un mécanisme encore inconnu. Après culture dans un milieu carencé en fer, Bilophila wadsworthia exprime quatre protéines de membrane externe qui pourraient jouer un rôle dans la captation du fer et dans la virulence.
Pour E.J. Baron, la production d'hydrogène sulfuré et la forte activité catalasique sont les deux critères les plus importants du diagnostic. Pour cet auteur, l'obtention de colonies fortement catalase positive et présentant un aspect typique sur une gélose "Bacteroides bile esculine" suffit à assurer le diagnostic. Le kit "BBL Crystal anaerobe identification system (Becton Dickinson)" semble identifier correctement Bilophila wadsworthia.
Bilophila wadsworthia se différencie des Desulfovibrio spp. par son immobilité et par sa sensibilité à 10 µg de colistine. Quelques caractères permettant de différencier Bilophila wadsworthia, quelques espèces du genre Desulfovibrio isolées de prélèvements cliniques et quelques espèces de bactéries anaérobies strictes à Gram négatif (ou pouvant apparaître à Gram négatif) sont présentés dans le tableau I.
Sapico et al. ont développé une sonde à ADN, s'hybridant à l'ADNr 16S, spécifique de Bilophila wadsworthia et qui pourrait être utilisée pour la mise en évidence du germe dans les prélèvements. Des tests de PCR, amplifiant une séquence de 207 pb de l'ARNr 16S, permettent de détecter Bilophila wadsworthia dans les prélèvements.
Compte tenu de la faible croissance de Bilophila wadsworthia, il est difficile d'apprécier sa sensibilité aux antibiotiques. La méthode de référence est la technique de dilution en milieu gélosé. Toutefois l'utilisation du E-test**** (culture sur le milieu "Bacteroides bile esculine") semble donner des résultats équivalents.
Environ 90 p. cent des souches produisent une bêta-lactamase qui n'est mise en évidence qu'après culture sur des milieux contenant 1 p. cent de pyruvate.
Bilophila wadsworthia est sensible au métronidazole, au chloramphénicol, à la clindamycine, à l'imipénème, au faropénème, à l'association ampicilline-sulbactam, à la céfoxitine et à la trovafloxacine.
La majorité des souches est sensible à la sparfloxacine et à la ciprofloxacine.
Orientation bibliographique
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* Morphologie
Bilophila wadsworthia se présente sous la forme de bacilles droits lorsque la culture est effectuée dans un bouillon contenant du glucose, des extraits de levure et 1 p. cent de pyruvate. Sur des milieux moins favorables à la croissance, la morphologie est polymorphe et des formes filamenteuses sont observées.
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** Désulfoviridine
La désulfoviridine est un pigment fluorescent (fluorescence rouge à pH alcalin ou fluorescence bleue-verte à pH acide). La désulfoviridine est généralement mise en évidence en ajoutant quelques gouttes de NaOH 2N à une suspension de germes et en éclairant la suspension avec une lumière d'une longueur d'onde de 365 nm.
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*** Gélose Bacteroides bile esculine (BBE Agar, Bacteroides Bile Esculine Agar) :
Bile de bœuf : 20,0 g
Hydrolysat pancréatique de caséine : 15,0 g
Agar : 15,0 g
Hydrolysat pancréatique de soja : 5,0 g
NaCl : 5,0 g
Esculine : 1,0 g
Citrate ferrique d'ammonium : 0,5 g
Solution de gentamicine (0,4 mg de gentamicine dans 10 mL d'eau distillée) : 2,5 mL
Solution d'hémine (0,5 g d'hémine, 10 mL d'une solution molaire de NaOH et 100 mL d'eau distillée) : 2,5 mL
Solution de vitamine K1 (1,0 g de vitamine K1, 99 mL d'éthanol absolu) : 1,0 mL
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**** : E-test
Pour des informations sur la technique du E-test, voir le fichier "Evaluation in vitro de la sensibilité des bactéries aux antibiotiques".
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