Burkholderia
Description
Autre dénomination :
Pseudomonas du groupe d'homologie II.
Systématique
En 1973, Palleroni et al., au vu des résultats de l’hybridation ARNr - ADN, divisent le genre Pseudomonas en 5 groupes d’homologie. Dès 1975, dans un article consacré à la taxonomie du genre Pseudomonas, R.Y. Stanier écrivait "Il est tentant d’accorder à chaque groupe d’homologie de l’ARN ribosomal le rang d’un genre ...". En 1992, Yabuuchi et al., en se basant sur la séquence des ARNr 16S, sur les homologies ADN - ADN, sur la composition des lipides et des acides gras et sur les caractères phénotypiques transfèrent les espèces du groupe d’homologie II dans un nouveau genre, le genre Burkholderia qui a été validé en 1993.
Par la suite, le genre Burkholderia a connu de nombreux remaniements :
. de nouvelles espèces ont été décrites (voir : ) ;
. Burkholderia pickettii et Burkholderia solanacearum ont été transférées dans le nouveau genre Ralstonia ;
. des synonymies ont été mises en évidence entre Burkholderia cocovenenans et Burkholderia gladioli (Burkholderia gladioli a priorité) et entre Burkholderia vandii et Burkholderia plantarii (Burkholderia plantarii a priorité).
Caractères bactériologiques
La définition du genre Burkholderia repose avant tout sur des considérations génomiques et sur la composition chimique des lipides cellulaires. Pour ce qui concerne les principaux caractères phénotypiques notons que ce sont des bacilles droits, à Gram négatif, accumulant généralement des granules de poly-bêta-hydroxybutyrate, mobiles grâce à un ou à plusieurs flagelles polaires ( Burkholderia mallei est cependant dépourvue de flagelles et immobile), aérobies stricts, catalase positive, oxydase variable selon les espèces, capables de croître en utilisant comme unique source de carbone le glucose, le glycérol, l’inositol, le galactose, le sorbitol, le mannose (à la différence des Ralstonia sp. qui n'utilisent pas ce sucre) et le mannitol. Les différentes espèces du genre peuvent être différenciées par les résultats des auxanogrammes (137 substrats ont été utilisés dans l’étude de Gillis et al. 1995).
Habitat et pouvoir pathogène
Les espèces du genre Burkholderia ont pour principal habitat le sol et les plantes mais, quelques espèces sont pathogènes pour l’homme ou l’animal ou se comportent comme des pathogènes opportunistes.
- Burkholderia mallei et Burkholderia pseudomallei sont des pathogènes majeurs puisqu’ils sont respectivement les agents de la morve et de la mélioïdose. Burkholderia thailandensis, espèce individualisée en 1998, est très proche de Burkholderia pseudomallei mais semble dépourvue de pouvoir pathogène.
- Burkholderia cepacia et Burkholderia multivorans (ex Burkholderia cepacia genomovar II) sont des germes de l’environnement retrouvés dans le sol et dans l’eau (y compris l’eau distillée et l’eau du robinet), dans des solutions antiseptiques (ammoniums quaternaires, chlorhexidine, polyvidone iodé, ...) et dans des solutés injectables. Burkholderia cepacia* est une bactérie phytopathogène (oignons, riz) mais c'est aussi une bactérie d'intérêt industriel car elle est apte à produire des substances antibactériennes et antifungiques, à dégrader des déchets industriels et à dégrader des pesticides. Son utilisation en tant qu'agent de lutte biologique contre les micro-organismes phytopathogènes ou en tant qu'agent dépolluant pose des problèmes de santé publique. En effet, Burkholderia cepacia et Burkholderia multivorans peuvent se comporter comme des pathogènes opportunistes chez des individus aux moyens de défense affaiblis. Ces bactéries sont responsables de petites épidémies nosocomiales consécutives à l'utilisation de liquides contaminés (solutés injectables, anesthésiques, antiseptiques) ou de matériels contaminés (sondes, cathéters, circuits des respirateurs), elles peuvent provoquer des infections pulmonaires graves chez des patients atteints de granulomatose septique chronique ou des septicémies chez des sujets drépanocytaires mais, elles sont surtout responsables d'infections pulmonaires chez des sujets atteints de mucoviscidose. La colonisation des voies respiratoires des patients atteints de mucoviscidose est à l'origine d'une pneumonie nécrosante rapidement fatale, parfois associée à une septicémie, connue sous le nom de "syndrome cepacia" et observée chez environ 20 p. cent des sujets infectés. L'isolement de Burkholderia cepacia sensu lato nécessite des milieux sélectifs et son identification est parfois délicate (les kits commerciaux ne sont pas toujours capables de conduire à une identification correcte). Quelques caractères utiles à son identification figurent sur le tableau I. Burkholderia cepacia sensu lato est une bactérie multirésistante aux antibiotiques (les molécules les plus souvent actives sont la pipéracilline, la ceftazidime, la témocilline, le méropénème et la ciprofloxacine) et il a été montré une absence de corrélation entre les résultats obtenus in vitro et in vivo ainsi qu'une modification du spectre de sensibilité d'une même souche au cours du temps.
- Burkholderia gladioli est une bactérie phytopathogène (oignons), proche de Burkholderia cepacia, isolée parfois de patients atteints de mucoviscidose et dont certaines souches sont responsables de toxi-infections alimentaires. Quelques caractères utiles à son identification figurent sur le tableau I.
- Burkholderia vietnamiensis est un germe du sol isolé des rizières et de divers prélèvements cliniques (indication donnée dans l'article de Gillis et al. 1995, sans précision complémentaire). Quelques caractères utiles à son identification figurent sur le tableau I.
- Burkholderia andropogonis, Burkholderia caryophylli, Burkholderia glathei, Burkholderia glumae, Burkholderia graminis, Burkholderia norimbergensis, Burkholderia phenazinium, Burkholderia plantarii, Burkholderia pyrrocinia et Burkholderia vandii ne semblent pas provoquer d’infections chez l'homme et chez les animaux.
Orientation bibliographique
BRETT (P.J.), DESHAZER (D.), and WOODS (D.E.): Burkholderia thailandensis sp. nov., a Burkholderia pseudomallei-like species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 317-320.
COENYE (T.), HOLMES (B.), KERSTERS (K.), GOVAN (J.R.W.) and VANDAMME (P.): Burkholderia cocovenenans (van Damme et al. 1960) Gillis et al. 1995 and Burkholderia vandii Urakami et al. 1994 are junior synonyms of Burkholderia gladioli (Severini 1913) Yabuuchi et al. 1993 and Burkholderia plantarii (Azegami et al. 1987) Urakami et al. 1994, respectively. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 37-42.
GILLIS (M.), VAN (T.V.), BARDIN (R.), GOOR (M.), HEBBAR (P.), WILLEMS (A.), SEGERS (P.), KERSTERS (K.), HEULIN (T.) et FERNANDEZ (M.P.) : Polyphasic taxonomy in the genus Burkholderia leading to an emended description of the genus and proposition of Burkholderia vietnamiensis sp. nov. for N2-fixing isolates from rice in Vietnam. Int. J. Syst. Bacteriol., 1995, 45, 274-289.
SEGONDS (C.), MARTY (N.), DOURNES (J.L.) et CHABANON (G.) : Burkholderia cepacia dans tous ses états. Méd. Mal. Infect., 1998, 28 (spécial), 72-78.
VANDAMME (P.), HOLMES (B.), VANCANNEYT (M.), COENYE (T.), HOSTE (B.), COOPMAN (R.), REVETS (H.), LAUWERS (S.), GILLIS (M.), KERSTERS (K.), and GOVAN (J.R.W.): Occurence of multiple genomovars of Burkholderia cepacia in cystic fibrosis patients and proposal of Burkholderia multivorans sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 1188-1200.
YABUUCHI (E.), KOSAKO (Y.), OYAIZU (H.), YANO (I.), HOTTA (H.), HASHIMOTO (Y.), EZAKI (T.) et ARAKAWA (M.) : Proposal of Burkholderia gen. nov. and transfer of seven species of the genus Pseudomonas homology group II to the new genus, with the type species Burkholderia cepacia (Palleroni and Holmes 1981) comb. nov. Microbiol. Immunol., 1992, 36, 1251-1275.
* : Données extraites de l'article SEGONDS (C.), MARTY (N.), DOURNES (J.L.) et CHABANON (G.) : Burkholderia cepacia dans tous ses états. Méd. Mal. Infect., 1998, 28 (spécial), 72-78.
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