Ehrlichia canis
Autres dénominations : Rickettsia, canis, Ehrlichia, sic, Nicollea, Kurlovia
Maladies et dénominations associées
Fièvre hémorragique du chien
Pancytopénie tropicale canine
Syndrome hémorragique idiopathique du chien
Typhus du chien
Description
Autres dénominations : "Rickettsia canis", "Ehrlichia (Rickettsia) canis" (sic), "Nicollea canis", "Kurlovia (Ehrlichia) canis".
Systématique
Ehrlichia canis a été mise en évidence en 1935 par Donatien et Lestoquard (voir ci-dessous une copie de leur publication) chez des chiens dont les monocytes renfermaient des micro-organismes évoquant des rickettsies et que ces auteurs appellent "Rickettsia canis".
En 1937, Moshkovski propose la création du sous-genre Ehrlichia pour classer toutes les rickettsies infectant les monocytes et il désigne comme espèce type de ce sous-genre le micro-organisme mis en évidence par Donatien et Lestoquard. De manière erronée, cet auteur propose alors la nomenclature de "Ehrlichia (Rickettsia) canis". En 1954, Moshkovski élève le sous-genre Ehrlichia au rang de genre et "Ehrlichia (Rickettsia) canis" devient Ehrlichia canis.
En 1957, Philip regroupe les genres Ehrlichia (espèce type Ehrlichia canis), Cowdria et Neorickettsia au sein de la tribu des Ehrlichieae*. En 1980, les nomenclatures de Ehrlichieae, de Ehrlichia et de Ehrlichia canis seront listées dans les Approved Lists of Bacterial Names ce qui leur confère le statut de nomenclatures validement publiées.
L'étude des ARNr 16S montre que Ehrlichia canis appartient au groupe génomique I de la tribu des Ehrlichieae (voir tableau I). Au sein de ce groupe, Ehrlichia canis est plus proche de Ehrlichia muris et de Ehrlichia chaffeensis que de Ehrlichia ewingii ou de Cowdria ruminantium.
Caractères bactériologiques
Les caractères bactériologiques de Ehrlichia canis sont ceux du genre Ehrlichia dont elle constitue l'espèce type.
Sur le plan phénotypique, les Ehrlichia sp. sont des micro-organismes généralement de forme arrondie, présentant un tropisme pour diverses cellules mais jamais pour les globules rouges et doués d’un pouvoir pathogène pour certains mammifères dont l'homme. Ce sont des bactéries à Gram négatif, colorées en pourpre par le May-Grümwald-Giemsa, immobiles, non cultivables sur milieux inertes, non cultivables sur œufs embryonnés, parasites intracellulaires obligatoires et se multipliant dans le cytoplasme des cellules infectées.
Les Ehrlichia sp. pénètrent dans les cellules par phagocytose, elles inhibent la fusion phagosomes-lysozomes et se multiplient dans les phagosomes. Cette multiplication conduit à l'apparition d'inclusions denses, appelées "morulas", pouvant contenir plus de 100 bactéries. Des études de microscopie électronique révèlent des éléments hétérogènes en taille et en densité ce qui suggère l'existence d'un véritable cycle de développement voisin de celui des bactéries de l'ordre des Chlamydiales : corps infectants capables de traverser des filtres de porosité 0,45 µm, corps élémentaires denses de 0,2 à 0,5 µm et corps réticulés de 0,3 à 1,2 µm de diamètre qui se regroupent dans la morula. Le genre Ehrlichia diffère cependant des espèces de la famille des Chlamydiaceae par ses caractères génétiques, antigéniques (absence de réactivité croisée en immunofluorescence indirecte) et métaboliques (les Ehrlichia sp. sont aptes à oxyder la L-glutamine et à générer de l’ATP).
La culture peut être obtenue sur cultures primaires de monocytes et de macrophages de chiens et sur des cellules de lignées telles que des lignées de macrophages de chiens (cellules DH82) ou des lignées de cellules endothéliales d'origine humaine (cellules EU.HMEC-1). Le milieu de culture (Eagle's minimum essential medium contenant de la L-glutamine) est enrichi de 10 p. cent de sérum de veau fœtal et les cultures sont généralement incubées à une température comprise entre 34 et 37 °C. Les morulas sont de taille variable, pouvant atteindre 2 à 4 µm de diamètre pour celles contenant un grand nombre de bactéries (30 à 60). Les corps réticulés ont un diamètre de 0,3 à 0,6 µm et les corps élémentaires un diamètre de 0,3 à 0,4 µm. In vivo, le germe est présent dans les monocytes et les macrophages mais aussi dans les cellules endothéliales.
Habitat et pouvoir pathogène
Ehrlichia canis est l'agent de l'ehrlichiose des canidés domestiques ou sauvages. La maladie, appelée également "pancytopénie tropicale canine", "typhus du chien", "fièvre hémorragique du chien" ou "syndrome hémorragique idiopathique", a une répartition mondiale mais, elle est particulièrement fréquente dans les pays tropicaux et subtropicaux (Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique). Elle a été décrite dans de nombreux départements français notamment dans ceux des régions méditerranéennes.
L'infection du chat est peut être possible car un micro-organisme proche de Ehrlichia canis a été mis en évidence dans les cellules mononucléées de chats présentant de la fièvre, de l'anorexie, une anémie et une sérologie positive vis-à-vis de Ehrlichia canis.
Le germe est transmis par les formes larvaires, nymphales et adultes de Rhipicephalus sanguineus chez laquelle il existe une transmission transstadiale mais non transovarienne si bien que les tiques ne peuvent être, sensu stricto, un véritable réservoir. Les tiques adultes peuvent survivre jusqu'à 568 jours et elles peuvent transmettre l'infection durant les 155 premiers jours (ou peut-être plus) suivant leur contamination. Aussi, les tiques adultes peuvent assurer la conservation du germe durant les mois d'hiver et transmettre l'infection au printemps suivant. Rhipicephalus sanguineus est également le vecteur de "Ehrlichia platys" et nombreux chiens sont co-infectés par Ehrlichia canis et "Ehrlichia platys".
Expérimentalement, Dermacentor variabilis s'est révélé apte à transmettre l'infection et une transmission transstadiale a été démontrée.
Une transfusion de sang peut également être à l’origine d’une contamination.
La maladie évolue sur un mode aigu, sub-clinique ou chronique. Dans ce dernier cas, l’infection peut persister plus de 5 ans sans symptôme. La phase aiguë se traduit, après une incubation de 8 à 20 jours, par une fièvre d'apparition brutale, de l'anorexie, une perte de poids, de la léthargie, une dyspnée, un jetage oculo-nasal, une adénopathie généralisée, un œdème, une anémie non régénérative, une thrombopénie, parfois une leucopénie (notamment une neutropénie), des hémorragies (épistaxis mais aussi, parfois, pétéchies, ecchymose, méléna, hématurie, hémarthrose, hémorragies rétiniennes, hémorragies cérébrales,...), une hypo-albuminémie, une hyperglobulinémie et une hypergammaglobulinémie. Cette phase guérit le plus souvent spontanément et elle est suivie d’une phase subclinique asymptomatique dont la durée est parfois de plusieurs années. Ultérieurement, des signes cliniques, peu spécifiques, peuvent réapparaître (léthargie, légère anorexie).
Plus rarement, environ 60 à 80 jours après la contamination, il est possible d'observer un syndrome hémorragique sévère accompagné d'une pancytopénie, d'où l'appellation de "pancytopénie tropicale du chien", mortelle en moins de 36 heures. La pancytopénie tropicale est plus fréquemment observée lors de maladies préexistantes, chez les jeunes animaux et/ou chez le Berger Allemand.
Des infections à Ehrlichia (probablement Ehrlichia canis) ont été associées à des troubles nerveux évoquant des crises d’épilepsie (dans ce dernier cas, des Ehrlichia ont été mises en évidence dans les leucocytes du liquide céphalo-rachidien alors que leur présence était non détectable dans les cellules du sang circulant).
Outre une co-infection Ehrlichia canis et "Ehrlichia platys", les chiens peuvent être co-infectés par Ehrlichia chaffeensis, Ehrlichia ewingii ou Ehrlichia equi voire même par Ehrlichia ewingii et Ehrlichia equi.
En 1987, Maeda et al. décrivent le premier cas d’ehrlichiose humaine chez un individu qui présentait des piqûres de tiques, de la fièvre, des céphalées, une myalgie et une thrombopénie. Les inclusions caractéristiques du genre Ehrlichia étaient présentes dans le cytoplasme des monocytes et des macrophages et le taux d'anticorps anti-Ehrlichia canis était élevé. Pour ces différentes raisons, cette bactérie a été assimilée à Ehrlichia canis ce qui conférait à cette dernière le statut d'agent responsable de zoonoses. Ultérieurement, des enquêtes sérologiques ont confirmé la présence d'anticorps dirigés contre Ehrlichia canis chez des sujets victimes de piqûres de tiques et présentant un tableau clinique comparable. En 1991, cette bactérie a été isolée et Anderson et al. ont montré qu'elle constituait une nouvelle espèce du genre Ehrlichia, Ehrlichia chaffeensis. Avec la caractérisation de Ehrlichia chaffeensis, Ehrlichia canis n'est plus considérée comme responsable de zoonoses et aucun cas d'ehrlichiose humaine n'a pu être attribué à cette bactérie.
Diagnostic
L’isolement du germe en cultures cellulaires est une technique réservée aux travaux de recherche et elle n’est pas utilisée dans le cadre d’un diagnostic de routine.
Lors de la phase aiguë, le diagnostic peut faire appel à la mise en évidence des morulas dans les monocytes après leucoconcentration** et coloration au May-Grümwald-Giemsa. Cette recherche peut donner des résultats faussement négatifs car la présence des morulas est temporaire et leur nombre est toujours faible. Il est également possible de visualiser l’agent pathogène sur des biopsies ou des calques d’organes (poumon, nœud lymphatique, rate).
La recherche des anticorps anti-Ehrlichia canis fait appel à un test d'immunofluorescence indirecte utilisant comme antigène des cellules DH82 fortement infectées. Les anticorps apparaissent vers le 7ème jour (parfois vers le 28ème jour) après l’infection, atteignent un pic vers le 80ème jour et se maintiennent tant que les bactéries persistent dans l’organisme. Le seuil de positivité est parfois placé à un titre de 10 mais, compte tenu de faux positifs, un titre égal ou supérieur à 80 semble préférable (certains auteurs considèrent même qu’un diagnostic de quasi certitude nécessite un titre de 640.). Le taux de ces anticorps est susceptible de décroître brutalement juste avant la mort de l’animal et il diminue également après un traitement stérilisant pour disparaître au bout d’environ 6 mois.
Des réactions antigéniques croisées sont observées entre Ehrlichia canis, Ehrlichia chaffeensis, Ehrlichia ewingii et Ehrlichia equi. Inversement, des chiens infectés par Ehrlichia canis donnent une réponse négative vis-à-vis de "Ehrlichia platys" et des animaux inoculés par "Ehrlichia platys" n'ont pas d'anticorps vis-à-vis de Ehrlichia canis.
Dans les régions où sévissent des infections à Ehrlichia canis et à Ehrlichia chaffeensis, les tests d'immunofluorescence doivent être pratiqués en utilisant des cellules infectées par Ehrlichia canis et en utilisant des cellules infectées par Ehrlichia chaffeensis.
Aux USA, une sérologie négative chez un chien cliniquement suspect, doit conduire à effectuer une sérologie vis-à-vis de Ehrlichia risticii afin d'identifier une éventuelle infection par "Ehrlichia risticii subsp. atypicalis" (voir le fichier Ehrlichia risticii).
D’autres techniques de diagnostic tels que l'ELISA, le Western blot ou des techniques d’amplification en chaîne par polymérase (PCR) ont été utilisées.
Le Western blot (utilisation d'antigènes de Ehrlichia canis et de Ehrlichia chaffeensis) permet de différencier une infection due à Ehrlichia canis ou à Ehrlichia chaffeensis ou à Ehrlichia ewingii.
La PCR constitue un moyen de diagnostic fiable. Ce test, nécéssitant le recours à un laboratoire spécialisé, peut se réaliser en deux temps : utilisation d'amorces permettant d'amplifier une séquence d'ADNr 16S présente chez toutes les Ehrlichia puis utilisation d'amorces spécifiques de Ehrlichia canis. La PCR permet de différencier une infection à Ehrlichia canis d'une infection à Ehrlichia chaffeensis ou à Ehrlichia ewingii ou due à l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine***. De plus, elle est d'un grand intérêt pour le diagnostic différentiel des infections à Ehrlichia equi.
Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie
In vitro, les antibiotiques les plus actifs sont la doxycycline, l'oxytétracycline et la minocycline. La rifampicine est moins active et les aminosides, l'acide nalidixique ou l'érythromycine sont inactifs.
In vivo, la doxycycline est un antibiotique très efficace et très utilisé pour obtenir une guérison clinique mais, les animaux peuvent rester porteurs de Ehrlichia canis.
Un article, publié en 1998, montre que l'enrofloxacine se révèle aussi efficace que la doxycycline dans le traitement des infections à Ehrlichia canis mais les résultats de cette étude mériteraient d'être confirmés.
Il n’existe pas de vaccin pour la prévention de l'ehrlichiose à Ehrlichia canis et les principales mesures prophylactiques concernent la lutte contre les tiques. La lutte contre l’ehrlichiose à Ehrlichia canis dans les collectivités de chien nécessite le dépistage des porteurs asymptomatiques suivi d’un traitement et, dans les zones de forte enzootie, une chimioprévention (usage régulier de cyclines) paraît nécessaire.
Dans les régions où l'infection est endémique, les donneurs de sang doivent être testés par sérologie ou, éventuellement par PCR, et les animaux donnant une réponse positive à l'un de ces tests doivent être écarté d'un don du sang.
Orientation bibliographique
À l'exception de quelques publications anciennes concernant la bactériologie et/ou la systématique, la majorité des références citées ci-dessous correspondent à des articles de synthèse.
BEAUFILS (J.P.), MARTIN-GRANEL (J.) et JUMELLE (P.) : Diagnostic cytologique des ehrlichioses canines. Prat. Méd. Chir. Anim. Comp., 1995, 30, 189-195.
BROUQUI (P.) Ehrlichia. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de Bactériologie Clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 1651-1662.
BULLER (R.S.), ARENS (M.), HMIEL (S.P.), PADDOCK (C.D.), SUMNER (J.W.), RIKIHISA (Y.), UNVER (A.), GAUDREAULT-KEENER (M.), MANIAN (F.A.), LIDDELL (A.M.), SCHMULEWITZ (N.) et STORCH (G.A.) : Ehrlichia ewingii, a newly recognized agent of human ehrlichiosis. New England J. Med., 1999, 341, 148-155.
DAVOUST (B.) : L'ehrlichiose canine. Point Vétérinaire, 1993, 25, 43-51.
DAVOUST (B.) et PARZY (D.) : Actualités des ehrlichioses. Bull. Soc. Vét. Prat. de France, 1995, 79, 183-204.
HARRUS (S.), WANER (T.), BARK (H.), JONGEJAN (F.) et CORNELISSEN (A.W.C.A.) : Recent advances in determining the pathogenesis of canine monocytic ehrlichiosis. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 2745-2749.
MOCHKOVSKI : Sur l'existence, chez le cobaye, d'une rickettsiose chronique déterminée par Ehrlichia (Rickettsia) kurlovi subg. nov. sp. nov. C.R. Soc. Biol. (Paris), 1937, 126, 379-382.
NEER (T.M.) : Canine monocytic and granulocytic ehrlichiosis. In : GREENE (G.E.) : Infectious Diseases of the Dog and Cat. W.B. Saunders Company, Philadelphie, second edition, 1998, pp. 139-147.
PHILIP (C.B.) : Family I. Rickettsiaceae Buchanan and Buchanan 1938 emend. Gieszczkiewicz, 1939. In R.S. Breed, E.G.D. Murray, N.R Smith (eds.) Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology. 7th edn. The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1957, pp. 934-957.
PHILIP (C.B.) : Tribe II. Ehrlichieae Philip 1957, 948, p. 893-897. In R.E. Buchanan, N.E. Gibbons (eds.) Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology. 8th edn. The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1974, pp. 893-897.
RIKIHISA (Y.) : The tribe Ehrlichieae and ehrlichial diseases. Clin. Microbiol. Rev., 1991, 4, 286-308.
RIKIHISA (Y.) : Editorial: diagnosis of emerging ehrlichial diseases of dogs, horses and humans. J. Vet. Intern. Med., 2000, 14, 250-251.
WOODY (B.J.) et HOSKINS (J.D.) : Ehrlichial diseases of dogs. Vet. Clin. North Amer.: Small Anim. Pract., 1991, 21, 75-98.
Copie de l'article publié en 1935 par Donatien et Lestoquard : DONATIEN (A.) et LESTOQUARD (F.) Existence en Algérie d'une Rickettsia du chien. Bull. Soc. Path. Exo., 1935, 28, 418-419.
Existence en Algérie d'une Rickettsia du chien,
Par A. DONATIEN et F. LESTOQUARD.
L'observation quotidienne de chiens entretenus à l'Institut Pasteur, d'Algérie pour des recherches diverses et exposés à l'infestation par des tiques nous a permis de découvrir une Rickettsia qui n'a pas encore été signalée. Il s'agit de chiens logés et gardés à l'attache dans des niches construites en pleins champs, et qui constituent ainsi, pour Rhipicephalus sanguineus, une proie sans défense. Très rapidement, en quelques jours, l'infestation des chiens par cette tique est des plus intenses (plusieurs centaines d'ixodidés par animal).
C'est à l'autopsie d'un chien (n° 32). que nous avons rencontré pour la première fois les Rickettsia sur un frottis de sang prélevé dans de l'artère axillaire. Notre attention étant ainsi éveillée, nous avons retrouvé cet organisme sur un autre chien de garde qui présentait de la fièvre (39°5) et des signes d'anémie. Deux autres chiens (n° 17 et n° 31) furent alors exposés, dans un but expérimental, à l'infestation par Rh. sanguineus. Ces deux animaux, dès qu'ils furent largement envahis par les tiques, accusèrent de la fièvre et de l'anémie et moururent l'un 7 jours, l'autre 15 jours après le début de l'expérience. Dans les deux cas, la présence de Rickettsia fut constatée, du vivant de l'animal, par examen du sang périphérique et, à l'autopsie, sur des étalements obtenus toujours au niveau des grosses artères, axillaires, aorte.
Enfin, un chien (n° 22) conservé dans un chenil et porteur seulement de 3 ou 4 tiques, est mort subitement. A l'autopsie, nous avons encore mis en évidence la présence de Rickettsia.
Nous avons donc constaté l'infection par des Rickettsia sur cinq chiens tous largement infestés de tiques, sauf un qui n'était porteur que de quelques Rhipicéphales. Sur cinq chiens, quatre sont morts très rapidement.
Cette Rickettsia du chien se rencontre exclusivement à l'intérieur de monocytes de taille moyenne. Après coloration par le GIEMSA elle peut apparaître sous deux aspects. Le plus souvent il s'agit d'un agrégat de granulations rondes ayant l'aspect de cocci et colorées en rouge. L'ensemble constitue une plage arrondie ou ovalaire de dimensions très variables : de 2 à 3 µm contenant seulement 4 à 6 granulations, à 10 µm contenant plusieurs dizaines de grains. Plus rarement se rencontrent des formes dans lesquelles les éléments sont coccobacillaires, en navette, à extrémités plus foncées dont le groupement paraît moins étroit que dans les formes à granulations rondes. Dans une même cellule on peut trouver soit une forme unique et de dimensions moyennes ou grandes, soit deux ou plusieurs formes de petites dimensions. Dans certains cas, le noyau de la cellule paraît déformé par ces organismes. La fréquence est aussi très variable. Au début de l'infection on ne rencontre que une ou deux Rickettsia sur la totalité d'une préparation, puis le nombre augmente et on peut en trouver 10 ou 12 sur un étalement de sang périphérique prélevé à l'oreille. Sur les préparations obtenues à l'autopsie du sang prélevé dans les grosses artères, on peut en trouver jusqu'à 30 par préparation.
Sachant que le chien est considéré comme un réservoir de virus de la fièvre boutonneuse (DURAND), il est permis de se demander si cette Rickettsia du chien n'est pas l'agent de la maladie humaine. Des recherches sont en cours pour élucider le problème.
Signalons dès à présent que la Rickettsia du chien est pathogène pour le singe (Macacus inuus) chez lequel elle détermine une réaction fébrile accompagnée de la présence de Rickettsia dans le sang périphérique.
En attendant que l'identité exacte de cet organisme ait été établie, et ses affinités avec R. conori de la fièvre boutonneuse précisées, nous proposons pour la Rickettsia du chien la dénomination de Rickettsia canis.
En résumé, des chiens infestés par R. sanguineus ont présenté une infection par une Rickettsia (R. canis).
Des recherches de transmission par la tique sont en cours. Cette Rickettsia s'est montrée pathogène pour le magot. Son rôle pathogène possible pour l'homme doit être recherché.
Institut Pasteur d'Algérie.
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* : La tribu des Ehrlichieae :
La tribu des Ehrlichieae a été proposée en 1957 par Philip pour classer des bactéries de petite taille, ressemblant à des rickettsies, pathogènes pour des vertébrés mais pas pour l'homme et aptes à infecter des invertébrés, notamment (mais pas exclusivement) des arthropodes [voir : PHILIP (C.B.) : Tribe II. Ehrlichieae Philip, trib. nov. In R.S. Breed, E.G.D. Murray, N.R Smith (eds.) Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology. 7ème éd. The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1957, pp. 948-949.]. Cette nomenclature a été retenue par les Approved Lists 1980 mais, depuis 1957, la description de cette tribu a évolué et, actuellement, elle inclut des bactéries pathogènes pour l'homme (voir tableau I).
Traditionnellement, la tribu des Ehrlichieae (genres Ehrlichia, Cowdria et Neorickettsia) appartient à la famille des Rickettsiaceae (tribus des Rickettsieae, des Ehrlichieae et des Wolbachieae), à l'ordre des Rickettsiales et à la subdivision alpha des Proteobacteria. L'ordre des Rickettsiales a connu de nombreuses modifications (voir annexe 1) dont certaines concernent la tribu des Ehrlichieae.
Les études comparatives des séquences de l'ADN codant pour les ARNr 16S montrent : 1) qu'il est possible de séparer la tribu des Ehrlichieae en quatre groupes génomiques (voir tableau I) ; 2) que Anaplasma marginale et Anaplasma ovis (bactéries autrefois classées dans l'ordre des Rickettsiales, famille des Anaplasmataceae) appartiennent au groupe génomique II ; 3) que les espèces du genre Wolbachia (bactéries autrefois placées dans l'ordre des Rickettsiales, famille des Rickettsiaceae, tribu des Wolbachieae) appartiennent au groupe génomique IV.
La souche bactérienne préalablement connue sous le nom d'agent WSU 86-1044, rapprochée de la tribu des Ehrlichieae sur la base de communautés antigéniques avec Cowdria ruminantium, est en fait une espèce de l'ordre des Chlamydiales qui a été placée dans le nouveau genre Waddlia avec la nomenclature de Waddlia chondrophila.
La tribu des Ehrlichieae est parfois exclue de la famille des Rickettsiaceae. Toutefois, elle en reste très proche si bien que la plupart des auteurs incluent encore cette tribu dans les Rickettsiaceae (voir annexe 1).
Sur le plan phénotypique, à l'exception des espèces des genres Anaplasma et Wolbachia, la tribu des Ehrlichieae rassemble des micro-organismes généralement de forme arrondie, présentant un tropisme pour diverses cellules mais jamais pour les globules rouges et doués d’un pouvoir pathogène pour certains mammifères dont l'homme. Ce sont des bactéries à Gram négatif, colorées en pourpre par le May-Grümwald-Giemsa, immobiles, non cultivables sur milieux inertes, non cultivables sur œufs embryonnés, parasites intracellulaires obligatoires et se multipliant dans le cytoplasme des cellules infectées.
Les représentants de la tribu des Ehrlichieae se transmettent aux hôtes vertébrés par des vecteurs : helminthes ou arthropodes (voir tableau I).
Au sein d'un même groupe génomique, il existe de fortes réactivités antigéniques croisées alors que les réactions sérologiques croisées sont plus faibles entre espèces appartenant à des groupes génomiques différents.
Dans le genre Ehrlichia, huit espèces ont un statut dans la nomenclature : Ehrlichia canis, Ehrlichia chaffeensis, Ehrlichia equi, Ehrlichia ewingii, Ehrlichia muris, Ehrlichia phagocytophila, Ehrlichia risticii et Ehrlichia sennetsu. En revanche, huit espèces sont considérées comme incertae sedis par le Bergey's Manual of Systematic Bacteriology : "Cytoecetes ovis var. decani", "Ehrlichia bovis", "Ehrlichia kurlovi", "Ehrlichia ("Cytoecetes") microti", "Ehrlichia ondiri", "Ehrlichia ovina", "Ehrlichia platys", "Rickettsia ("Donatienella") delpyi" et "Rickettsia belgaumi". Plusieurs espèces, dont l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine, n'ont pas encore reçu de noms.
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** : Leucoconcentration
D'après la documentation technique Rhône Mérieux : L'ehrlichiose canine vue par deux vétérinaires praticiens.
Prélever 5 mL de sang sur EDTA.
Centrifuger 5 minutes à 3 000 tours par minute.
Enlever le surnageant.
Récupérer la couche intermédiaire (leucocytaire) dans un tube à hématocrite.
Centrifuger 3 minutes à 12 000 tours par minute.
Scier le tube au niveau de la couche intermédiaire.
Etaler la couche intermédiaire sur une lame porte objet.
Colorer au May-Grümwald-Giemsa.
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*** : L'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine a été mis en évidence en 1994, aux U.S.A., dans les granulocytes d'un patient décédé. Ultérieurement cet agent infectieux a été identifié dans d'autres pays, notamment en Suède et chez d'autres espèces animales, notamment le chien. L'agent de l'ehrlichiose granulocytique humain n'a pas reçu de nom mais l'étude des gènes codant pour les ARNr 16S et l'étude des opérons groESL suggèrent fortement qu'il est très proche de Ehrlichia equi et de Ehrlichia phagocytophila. En fait il semble que Ehrlichia equi, Ehrlichia phagocytophila et l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine constituent une unique espèce qui en raison des règles de priorité devrait être appelée Ehrlichia phagocytophila.
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