Bacterio

Ehrlichia ewingii

Description

Systématique En 1971, Ewing et al. décrivent une nouvelle souche de Ehrlichia sp. présente dans les granulocytes de chiens et associée à une ehrlichiose cliniquement moins grave qu'une ehrlichiose à Ehrlichia canis. Ultérieurement, des organismes similaires, qualifiés de CGE (pour Canine Granulocytic Ehrlichia), ont été mis en évidence dans les granulocytes de plusieurs chiens dont certains présentaient des boiteries. Les souches de CGE présentent des communautés antigéniques avec les souches de Ehrlichia canis et de Ehrlichia chaffeensis mais ces bactéries peuvent être distinguées les unes des autres par une technique de Western blot utilisant comme antigène une souche de Ehrlichia canis et une souche de Ehrlichia chaffeensis. Cette technique permet également de différencier les souches de CGE de Ehrlichia equi. La description des espèces du genre Ehrlichia ne peut reposer que sur un nombre limité de critères phénotypiques et toutes les espèces ne sont pas cultivables in vitro. Aussi, Anderson et al. (1991) ont proposé que l'étude de la séquence des ARNr 16S devienne un standard pour la description de nouvelles espèces au sein du genre Ehrlichia. En 1992, Anderson et al. déterminent la séquence de l'ARNr 16S d'une souche de CGE mise en évidence en juin 1987 dans le sang d'un chien et propagée à des chiens sains soit par l'intermédiaire de transfusions sanguines soit par l'intermédiaire de tiques (Amblyomma americanum). Cette séquence présente 1,9 p. cent de divergence avec la souche type de Ehrlichia chaffeensis et un pourcentage de divergence plus élevé vis-à-vis d'une souche de Ehrlichia canis (divergence de 2 p. cent), de Ehrlichia muris (divergence de 2,5 p. cent), de Ehrlichia equi (divergence de 7,6 p. cent), de Ehrlichia phagocytophila (divergence de 7,6 p. cent), de "Ehrlichia platys" (divergence de 8,3 p. cent), de Ehrlichia sennetsu (divergence 15,5 p. cent) et de Ehrlichia risticii (divergence de 16,1 p. cent). Les souches de CGE se différencient de Ehrlichia canis par leur tropisme cellulaire, par leurs caractères antigéniques et par leur pouvoir pathogène. Pour toutes ces raisons, Anderson et al. proposent de placer les souches de CGE dans une nouvelle espèce qu'ils dénomment Ehrlichia ewingii. La comparaison des séquences des ARNr 16S, confirmée par l'étude de la séquence de l'opéron groESL, permet de placer Ehrlichia ewingii dans le groupe génomique I (voir tableau I) de la tribu des Ehrlichieae*. Caractères bactériologiques Les caractères bactériologiques de Ehrlichia ewingii sont ceux du genre Ehrlichia. Sur le plan phénotypique, les Ehrlichia sp. sont des micro-organismes généralement de forme arrondie, présentant un tropisme pour diverses cellules mais jamais pour les globules rouges et doués d’un pouvoir pathogène pour certains mammifères dont l'homme. Ce sont des bactéries à Gram négatif, colorées en pourpre par le May-Grümwald-Giemsa, immobiles, non cultivables sur milieux inertes, non cultivables sur œufs embryonnés, parasites intracellulaires obligatoires et se multipliant dans le cytoplasme des cellules infectées. Les Ehrlichia sp. pénètrent dans les cellules par phagocytose, elles inhibent la fusion phagosomes-lysozomes et se multiplient dans les phagosomes. Cette multiplication conduit à l'apparition d'inclusions denses, appelées "morulas", pouvant contenir plus de 100 bactéries. Des études de microscopie électronique révèlent des éléments hétérogènes en taille et en densité ce qui suggère l'existence d'un véritable cycle de développement voisin de celui des bactéries de l'ordre des Chlamydiales : corps infectants capables de traverser des filtres de porosité 0,45 µm, corps élémentaires denses de 0,2 à 0,5 µm et corps réticulés de 0,4 à 1,2 µm de diamètre qui se regroupent dans la morula. Le genre Ehrlichia diffère cependant des espèces de la famille des Chlamydiaceae par ses caractères génétiques, antigéniques (absence de réactivité croisée en immunofluorescence indirecte) et métaboliques (les Ehrlichia sp. sont aptes à oxyder la L-glutamine et à générer de l’ATP). Ehrlichia ewingii n'a jamais été cultivée in vitro malgré l'utilisation de divers systèmes cellulaires : cultures primaires de monocytes et de macrophages de chiens, cellules DH82 (lignée de macrophages canins), cellules HL-60 (lignée de promyélocytes leucémiques d'origine humaine), cellules CLN (lignée obtenue à partir de nœuds lymphatiques de chiens). In vivo, cette espèce présente un tropisme pour les granulocytes neutrophiles et, dans une moindre mesure, pour les granulocytes éosinophiles. Ehrlichia ewingii présente une forte réactivité sérologique croisée avec Ehrlichia canis et Ehrlichia chaffeensis et une réactivité croisée beaucoup plus faible avec Ehrlichia equi. Habitat et pouvoir pathogène Les réservoirs, les vecteurs et la distribution géographique de Ehrlichia ewingii sont très mal connus. On sait que cette bactérie a été identifiée uniquement aux U.S.A., qu'elle infecte le chien et qu'elle peut être transmise par Amblyomma americanum, tique chez laquelle il existe une transmission transstadiale. En 1998, Murphy et al. ont également mis en évidence Ehrlichia ewingii chez Dermacentor variabilis et Rhipicephalus sanguineus. Outre le chien, Ehrlichia ewingii exerce un pouvoir pathogène pour l'homme. Chez le chien, lors de la phase aiguë, on note une fièvre transitoire, une anorexie, un jetage oculo-nasal, parfois des vomissements et des diarrhées, une adénopathie, parfois une raideur de la nuque, une thrombopénie et, parfois, une anémie. Lors de la phase chronique, l'infection se manifeste par des œdèmes, une adénopathie, une polyarthrite conduisant à de la boiterie, une raideur des muscles, la présence de nombreux granulocytes neutrophiles dans le liquide synovial et, de manière inconstante, une lymphopénie et une thrombopénie. Les premiers cas d'infection de l'homme ont été publiés en 1999. Ils ont été observés chez quatre patients, mordus par des tiques et vivant dans le Missouri, état où les infections à Ehrlichia chaffeensis sont endémiques. Des morulas ont été mises en évidence dans les granulocytes de deux sujets ce qui pouvait évoquer une infection par l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine**. Toutefois, les examens sérologiques révèlaient la présence d'anticorps vis-à-vis de Ehrlichia canis et de Ehrlichia chaffeensis et une absence de réactivité vis-à-vis de l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine. Des tests PCR (amplification des ADNr 16S), utilisant des amorces à large spectre, confirmaient la présence de Ehrlichia sp. dans le sang des malades mais les résultats des tests PCR, utilisant des amorces spécifiques de Ehrlichia chaffeensis ou de l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine, étaient négatifs. Le séquençage de l'ADNr 16S amplifié montrait une homologie de 100 p. cent avec la séquence de Ehrlichia ewingii. Un test PCR, réalisé sur deux des chiens d'un des patients, a montré qu'ils hébergeaient Ehrlichia ewingii. Toutefois, en l'absence de travaux complémentaires on ne peut affirmer la réalité d'un transfert du chien à l'homme. Les malades présentaient de la fièvre, des maux de tête, parfois une raideur de la nuque, parfois des myalgies, une thrombopénie et parfois une leucopénie. Trois d'entre eux avaient reçu un traitement immunosuppresseur ce qui aurait pu les prédisposer à l'infection. Diagnostic L'isolement du germe est impossible car Ehrlichia ewingii n'est pas cultivable in vitro. La mise en évidence des morulas dans les granulocytes du sang ou du liquide synovial peut donner des résultats faussement négatifs et elle ne permet pas de distinguer les infections à Ehrlichia ewingii des infections dues à Ehrlichia equi, à Ehrlichia phagocytophila ou à l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine. Chez le chien, les examens sérologiques par immunofluorescence permettent de différencier les ehrlichioses à Ehrlichia ewingii des ehrlichioses à Ehrlichia equi ou provoquées par l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine car, les animaux infectés par Ehrlichia ewingii, ont des titres en anticorps élevés vis-à-vis de Ehrlichia canis mais faibles vis-à-vis de Ehrlichia equi. En revanche, l'immunofluorescence indirecte ne permet pas de différencier les infections à Ehrlichia ewingii des ehrlichioses à Ehrlichia chaffeensis ou à Ehrlichia canis. Toutefois, par Western blot (utilisation d'antigènes de Ehrlichia canis et de Ehrlichia chaffeensis), les sérums des chiens et des hommes infectés réagissent avec les antigènes d'un poids moléculaire supérieur à 40 kDa mais ils ne réagissent ni avec l'antigène de 28 kDa de Ehrlichia chaffeensis ni avec l'antigène de 30 kDa de Ehrlichia canis. La PCR constitue un moyen de diagnostic fiable. Ce test, nécessitant le recours à un laboratoire spécialisé, peut se réaliser en deux temps : utilisation d'amorces permettant d'amplifier une séquence d'ADNr 16S présente chez toutes les Ehrlichia puis utilisation d'amorces spécifiques de Ehrlichia ewingii (les résultats obtenus avec des amorces spécifiques de Ehrlichia chaffeensis ou de l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine sont négatifs). Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie La sensibilité aux antibiotiques est inconnue. Par analogie avec d'autres ehrlichioses, le traitement fait appel aux tétracyclines ou, chez les jeunes enfants et les femmes enceintes, au chloramphénicol ou à la rifampicine. Un traitement par la doxycycline permet d'obtenir une guérison chez l'homme et chez le chien. Il n’existe pas de vaccin pour la prévention de l'ehrlichiose à Ehrlichia ewingii et les principales mesures prophylactiques concernent la lutte contre les tiques. Orientation bibliographique ANDERSON (B.E.), GREENE (C.E.), JONES (D.C.), and DAWSON (J.E.): Ehrlichia ewingii sp. nov., the etiologic agent of canine granulocytic ehrlichiosis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1992, 42, 299-302. ANZIANI (O.S.), EWING (S.A.) et BARKER (R.W.) : Experimental transmission of a granulocytic form of the tribe Ehrlichieae by Dermacentor variabilis and Amblyomma americanum to dogs. Am. J. Vet. Res., 1990, 51, 929-931. 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Cette nomenclature a été retenue par les Approved Lists 1980 mais, depuis 1957, la description de cette tribu a évolué et, actuellement, elle inclut des bactéries pathogènes pour l'homme (voir tableau I). Traditionnellement, la tribu des Ehrlichieae (genres Ehrlichia, Cowdria et Neorickettsia) appartient à la famille des Rickettsiaceae (tribus des Rickettsieae, des Ehrlichieae et des Wolbachieae), à l'ordre des Rickettsiales et à la subdivision alpha des Proteobacteria. L'ordre des Rickettsiales a connu de nombreuses modifications (voir annexe 1) dont certaines concernent la tribu des Ehrlichieae. Les études comparatives des séquences de l'ADN codant pour les ARNr 16S montrent : 1) qu'il est possible de séparer la tribu des Ehrlichieae en quatre groupes génomiques (voir tableau I) ; 2) que Anaplasma marginale et Anaplasma ovis (bactéries autrefois classées dans l'ordre des Rickettsiales, famille des Anaplasmataceae) appartiennent au groupe génomique II ; 3) que les espèces du genre Wolbachia (bactéries autrefois placées dans l'ordre des Rickettsiales, famille des Rickettsiaceae, tribu des Wolbachieae) appartiennent au groupe génomique IV. La souche bactérienne préalablement connue sous le nom d'agent WSU 86-1044, rapprochée de la tribu des Ehrlichieae sur la base de communautés antigéniques avec Cowdria ruminantium, est en fait une espèce de l'ordre des Chlamydiales qui a été placée dans le nouveau genre Waddlia avec la nomenclature de Waddlia chondrophila. La tribu des Ehrlichieae est parfois exclue de la famille des Rickettsiaceae. Toutefois, elle en reste très proche si bien que la plupart des auteurs incluent encore cette tribu dans les Rickettsiaceae (voir annexe 1). Sur le plan phénotypique, à l'exception des espèces des genres Anaplasma et Wolbachia, la tribu des Ehrlichieae rassemble des micro-organismes généralement de forme arrondie, présentant un tropisme pour diverses cellules mais jamais pour les globules rouges et doués d’un pouvoir pathogène pour certains mammifères dont l'homme. Ce sont des bactéries à Gram négatif, colorées en pourpre par le May-Grümwald-Giemsa, immobiles, non cultivables sur milieux inertes, non cultivables sur œufs embryonnés, parasites intracellulaires obligatoires et se multipliant dans le cytoplasme des cellules infectées. Les représentants de la tribu des Ehrlichieae se transmettent aux hôtes vertébrés par des vecteurs : helminthes ou arthropodes (voir tableau I). Au sein d'un même groupe génomique, il existe de fortes réactivités antigéniques croisées alors que les réactions sérologiques croisées sont plus faibles entre espèces appartenant à des groupes génomiques différents. Dans le genre Ehrlichia, huit espèces ont un statut dans la nomenclature : Ehrlichia canis, Ehrlichia chaffeensis, Ehrlichia equi, Ehrlichia ewingii, Ehrlichia muris, Ehrlichia phagocytophila, Ehrlichia risticii et Ehrlichia sennetsu. En revanche, huit espèces sont considérées comme incertae sedis par le Bergey's Manual of Systematic Bacteriology : "Cytoecetes ovis var. decani", "Ehrlichia bovis", "Ehrlichia kurlovi", "Ehrlichia ("Cytoecetes") microti", "Ehrlichia ondiri", "Ehrlichia ovina", "Ehrlichia platys", "Rickettsia ("Donatienella") delpyi" et "Rickettsia belgaumi". Plusieurs espèces, dont l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine, n'ont pas encore reçu de noms. Retour ** : L'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine a été mis en évidence en 1994, aux U.S.A., dans les granulocytes d'un patient décédé. Ultérieurement cet agent infectieux a été identifié dans d'autres pays, notamment en Suède et chez d'autres espèces animales, notamment le chien. L'agent de l'ehrlichiose granulocytique humain n'a pas reçu de nom mais l'étude des gènes codant pour les ARNr 16S et l'étude des opérons groESL suggèrent fortement qu'il est très proche de Ehrlichia equi et de Ehrlichia phagocytophila. En fait il semble que Ehrlichia equi, Ehrlichia phagocytophila et l'agent de l'ehrlichiose granulocytique humaine constituent une unique espèce qui en raison des règles de priorité devrait être appelée Ehrlichia phagocytophila. Retour

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