Bacterio

Mycobacterium salmoniphilum

Créé le 21 novembre 2007

 

MYCOBACTERIUM SALMONIPHILUM

 

Autres dénominations : "Mycobacterium salmoniphilum", "Mycobacterium chelonei subsp. piscarium".

Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).

 

La mise en évidence de mycobactéries chez les salmonidés remonte à 1953. En 1960, Ross obtient les premières cultures et cet auteur montre que les souches sont proches de ¤ Mycobacterium fortuitum. Toutefois, elles ne cultivent pas à 37 °C et elles ne sont pas pathogènes pour la souris. Ross propose de classer ces souches dans une nouvelle espèce qu'il appelle "Mycobacterium salmoniphilum".
En 1984, Arakawa et Fryer isolent six souches de mycobactéries à partir de saumons du pacifique. Ces six souches sont apparentées à ¤ Mycobacterium chelonae et Arakawa et Fryer proposent de les placer dans une sous-espèce de ¤ Mycobacterium chelonae, "Mycobacterium chelonei (sic) subsp. piscarium".
La majorité des auteurs ne reconnaissaient pas l'individualisation de "Mycobacterium salmoniphilum" ou de "Mycobacterium chelonei subsp. piscarium" et ils assimilaient ces taxons à ¤ Mycobacterium fortuitum ou à ¤ Mycobacterium chelonae. Aussi, ni "Mycobacterium salmoniphilum" ni Mycobacterium chelonei subsp. piscarium n'ont été retenus dans les Approved Lists of Bacterial Names.

En novembre 2007, Whipps et al. montrent que les séquences des gènes rss, hsp65 et rpoB permettent de distinguer la majorité des mycobactéries isolées des salmonidés des espèces ¤ Mycobacterium abscessus, ¤ Mycobacterium chelonae et ¤ Mycobacterium fortuitum. La nature des acides mycoliques de la paroi permet également de différencier les souches isolées des salmonidés, des souches de ¤ Mycobacterium abscessus, de ¤ Mycobacterium chelonae et de ¤ Mycobacterium fortuitum.
Les souches isolées des salmonidés peuvent être caractérisées par leurs caractères phénotypiques ce qui conduit Whipps et al. à valider la nomenclature de Mycobacterium salmoniphilum (ex Ross 1960) Whipps et al. 2007, sp. nov., nom. rev.
Toutefois, au moins une des souches isolées par Ross, la souche ATCC 13756, n'appartient pas à cette nouvelle espèce et semble être une authentique souche de ¤ Mycobacterium fortuitum.

Les analyses phylogénétiques montrent que Mycobacterium salmoniphilum appartient au "complexe Mycobacterium chelonae" qui comprend également ¤ Mycobacterium abscessus, ¤ Mycobacterium chelonae, Mycobacterium immunogenum, Mycobacterium massiliense et Mycobacterium bolletii.

Mycobacterium salmoniphilum présente les caractères généraux de la famille des Mycobacteriaceae* et du genre Mycobacterium**. La description de cette espèce, telle qu'elle est donnée par Whipps et al. est succincte.
. Mycobacterium salmoniphilum se présente sous la forme de bacilles droits ou légèrement incurvés de 1 à 4 µm de longueur sur 0,25 à 0,6 µm de diamètre.
. Une réponse positive est notée pour les tests arylsulfatase (3 jours), assimilation du citrate, assimilation du glucose et uréase.
. Un résultat négatif est obtenu avec le test réduction des nitrates.
. Le germe cultive sur gélose au sang, gélose de MacConkey, gélose 7H10 ou sur milieu de Löwenstein-Jensen. Après 4 à 6 jours d'incubation à 20 °C, les colonies sont lisses, brillantes et de couleur crème. Après 10 jours d'incubation, les colonies deviennent cireuses, à contour irrégulier et elles prennent une morphologie en œuf sur le plat.
. Une culture est obtenue à 20, 28 et 30 °C. À 10 °C, la culture est faible ou retardée. Aucune culture n'est observée à 37 °C.
. Quelques caractères permettant de différencier Mycobacterium salmoniphilum des autres espèces incluses dans le "complexe Mycobacterium chelonae" ou dans le "complexe "Mycobacterium fortuitum" sont donnés dans le tableau I.
. Les principaux caractères phénotypiques permettant de différencier Mycobacterium salmoniphilum d'autres mycobactéries pathogènes pour les poissons sont présentés dans le tableau II.

L'infection a été observée chez des salmonidés sauvages ou d'élevages. Plusieurs espèces peuvent être infectées et, notamment, Oncorhynchus clarkii clarkii (truite fardée côtière), Oncorhynchus kisutch (saumon coho), Oncorhynchus mykiss (truite arc-en-ciel), Oncorhynchus tshawytscha (saumon chinook), Salmo salar (saumon de l'Atlantique).
L'infection des poissons peut rester inapparente ou provoquer une maladie parfois désignée sous le terme de "tuberculose des salmonidés". Les principaux signes cliniques sont les suivants : asthénie, amaigrissement progressif, diminution de l'appétit, apparition d'ulcères cutanés, distension de l'abdomen avec accumulation de liquide dans la cavité péritonéale, splénomégalie, présence de lésions hémorragiques dans les muscles, présence de granulomes de 1 à 3 mm de diamètre dans les reins, présence de granulomes plus petits (0,1 à 1 mm de diamètre) dans le foie et la rate.

Le diagnostic sera orienté par la nature de l'espèce infectée et par la mise en évidence de bactéries acido-alcoolo-résistantes dans les lésions. Le diagnostic nécessite la mise en culture du prélèvement suivie de son identification. Mycobacterium salmoniphilum cultive en 4 à 6 jours sur une gélose trypticase soja au sang de mouton. Les cultures doivent, de préférence, être incubées à une température comprise entre 20 et 28 °C.
L'absence de croissance à 37 °C est un caractère important permettant de différencier Mycobacterium salmoniphilum de ¤ Mycobacterium abscessus, de ¤ Mycobacterium chelonae et de ¤ Mycobacterium fortuitum. L'absence de nitrate réductase distingue Mycobacterium salmoniphilum de ¤ Mycobacterium fortuitum.

 

Orientation bibliographique

 

Site Web : Tuberculose. Techniques de diagnostic en mycobactériologie (Michel Fabre, Frédéric Augu & Stéphane Lecaudey)

 

AUSTIN (B.) et AUSTIN (D.A.) : Bacterial fish pathogens: disease of farmed and wild fish. Third (revised) edition, Springer, London, 1999, 457 pages.

BRUNO (D.W.), GRIFFITHS (J.), MITCHELL (C.G.), WOOD (B.P.), FLETCHER (Z.J.), DROBNIEWSKI (F.A.) et HASTINGS (T.S.) : Pathology attributed to Mycobacterium chelonae infection among farmed and laboratory-infected Atlantic salmon Salmo salar. Dis. Aquat. Organ., 1998, 33, 101-109.

DULIN (M.P.) : A review of tuberculosis (mycobacteriosis) in fish. Vet. Med, May 1979, 731-735.

INGLIS (V.), ROBERTS (R.J.) et BROMAGE (N.R.) : Bacterial diseases of fish. Blackwell Scientific Publications, Oxford, 1993, 308 pages.

MÄHLER (M.) et JELÍNEK (F.) : Granulomatous inflammation in the tails of mice associated with Mycobacterium chelonae infection. Lab. Anim., 2000, 34, 212-216.

WHIPPS (C.M.), BUTLER (W.R.), POURAHMAD (F.), WATRAL (V.G.) et KENT (M.L.) : Molecular systematics support the revival of Mycobacterium salmoniphilum (ex Ross 1960) sp. nov., nom. rev., a species closely related to Mycobacterium chelonae. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 2525-2531.

 

Source : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire, J.P. Euzéby — version archivée.