Bartonella schoenbuchensis
Description
Autre dénomination : Bartonella schoenbuchii (sic).
Voir aussi le fichier Bartonella.
Systématique
La découverte de Bartonella henselae et de son rôle en tant qu'agent étiologique de la maladie des griffes du chat a suscité la recherche de bartonelles chez les espèces animales vivant dans l'environnement de l'homme. Ainsi, ont été décrites Bartonella doshiae (1995), Bartonella grahamii (1995), Bartonella taylorii (1995), Bartonella clarridgeiae (1996), Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii (1996), Bartonella tribocorum (1998), Bartonella alsatica (1999), Bartonella vinsonii subsp. arupensis (2000), Bartonella koehlerae (2000), Bartonella birtlesii (2000) et, en 2001, Bartonella schoenbuchensis corrig.
Bartonella schoenbuchensis est la seizième espèce décrite au sein du genre Bartonella (voir : le fichier Bartonella dans List of Bacterial Names with Standing in Nomenclature). Cette nomenclature a été proposée par Dehio et al. pour quatre souches de Bartonella sp. isolées du sang de chevreuils (Capreolus capreolus) abattus à la chasse.
Les hybridations ADN - ADN, effectuées dans les conditions optimales de réassociation, montrent que les quatre souches forment une unique genomospecies* (pourcentages d'homologie égaux ou supérieurs à 76) et que cette genomospecies diffère des autres espèces du genre** (pourcentages d'homologie égaux ou inférieurs à 68).
L'analyse des séquences de 1446 paires de bases du gène codant pour l'ARNr 16S révèle une homologie supérieure à 99,9 p. cent entre les quatre souches et une homologie de 98 p. cent avec Bartonella bacilliformis qui est l'espèce phylogénétiquement la plus proche.
L'analyse électrophorétique des protéines cellulaires, l'analyse des séquences ERIC (pour Enterobacterial Repetitive Intergenic Consensus) et l'analyse des séquences du gène codant pour la citrate synthétase (gène gltA) révèlent toutefois une hétérogénéité des quatre souches qui, schématiquement, peuvent être distinguées en deux groupes (deux sous-espèces ?). En revanche, ces études permettent de différencier nettement ces quatre souches des autres espèces du genre***.
Au vu de ces différents résultats, Dehio et al. proposent la création d'une nouvelle espèce, Bartonella schoenbuchii dont la nomenclature a été validement publiée en juillet 2001. Une division en deux sous-espèces n'a pas été retenue par les auteurs, peut-être en raison du faible nombre de souches étudiées. En septembre 2001, la nomenclature de l'épithète spécifique schoenbuchii (sic) a été corrigée en schoenbuchensis.
Caractères bactériologiques
Les cultures de Bartonella schoenbuchensis sont constituées de bacilles polymorphes, légèrement incurvés, de 1 à 2 µm de longueur sur 0,5 µm de diamètre, mobiles grâce à plusieurs flagelles localisés à un pôle de la cellule, aérobies, catalase négative et oxydase négative.
Comme pour les autres espèces du genre, les caractères biochimiques présentent peu d'intérêt pour l'identification. Ce sont des bactéries uréase négative, non indologènes et leucine arylamidase positive (galerie API Strep). En utilisant des galeries RapID ANA II system (Innovative Diagnostic System) on obtient le profil numérique 0 0 0 6 7 1. En utilisant des galeries API Rapid ID 32A (bioMérieux) le profil numérique est soit 0 0 0 0 0 7 3 7 0 5 soit, pour une souche sur les quatre étudiées, 0 0 0 0 0 3 3 7 0 5 (réaction négative au test leucyl-glycine arylamidase).
L'ensemble de ces caractères ne permet pas de différencier Bartonella schoenbuchensis d'autres espèces du genre et, notamment, de Bartonella henselae et de Bartonella quintana.
Bartonella schoenbuchensis cultive sur une gélose Columbia enrichie de 5 p. cent de sang de mouton et incubée à 37 °C dans une atmosphère humide contenant 5 p. cent de dioxyde de carbone.
À l'isolement, les colonies apparaissent après quatre à six jours d'incubation. Elles sont de consistance ferme, adhérentes à la gélose, rugueuses, invaginées et leur taille augmente avec le temps (diamètre d'environ 2 mm après huit jours d'incubation).
Après repiquage, la croissance est plus rapide et des colonies de plus petite taille, brillantes et lisses sont également observées.
Habitat et pouvoir pathogène
Les quatre souches ont été isolées du sang de cinq chevreuils abattus lors de chasses effectuées dans le Parc Naturel de Schönbuch ou dans le Spitzberg (régions situées dans le sud-ouest de l'Allemagne près de la ville de Tübingen). Tous les animaux semblaient en bonne santé et aucune lésion n'a été remarquée lors de l'éviscération. Le fait que quatre animaux sur les cinq examinés soient porteurs de Bartonella schoenbuchensis suggère que la prévalence de l'infection est forte parmi les chevreuils.
D'une manière générale, le taux d'infection par diverses espèces du genre Bartonella semble élevé chez les cervidés sauvages. Ainsi, environ 70 p. cent des tiques (Ixodes ricinus) prélevées sur des chevreuils hollandais, 90 p. cent des cerfs mulets (Odocoileus hemionus) de Californie (42 animaux testés) et 15 p. cent des cerfs élaphes (Cervus elaphus) de Californie ou de l'Oregon (100 animaux testés) permettent de mettre en évidence des séquences d'ADN spécifiques des bartonelles. En France, les travaux de Heller et al., cités par Chang et al. (2000), montrent également un taux de contamination très élevé chez les chevreuils.
Quelques espèces ou sous-espèces du genre Bartonella sont des agents de zoonoses (voir le fichier Bartonella) et il est probable que ce genre renferme d'autres bactéries pathogènes pour l'homme. Dans certains pays, comme la France ou l'Allemagne, le nombre des cervidés sauvages est en augmentation et les activités liées à la chasse, notamment l'éviscération des animaux à mains nues, peut constituer une source de contamination.
Orientation bibliographique
CHANG (C.C.), CHOMEL (B.), KASTEN (R.W.), HELLER (R.), KOCAN (K.M.), UENO (H.), YAMAMOTO (K.), BLEICH (V.C.), PIERCE (B.M.), GONZALES (B.J.), SWIFT (P.K.), BOYCE (W.M.), JANG (S.S.), BOULOUIS (H.J.) et PIÉMONT (Y.) : Bartonella spp. isolated from wild and domestic ruminants in North America. Emerging Infectious Dieseases, 2000, 6, 306-311.
DEHIO (C.), LANZ (C.), POHL (R.), BEHRENS (P.), BERMOND (D.), PIÉMONT (Y.), PELZ (K.) et SANDER (A.) : Bartonella schoenbuchii sp. nov., isolated from the blood of wild roe deer. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1557-1565.
SCHOULS (L.M.), VAN DE POL (I.), RIJPKEMA (S.G.) and SCHOT (C.S.) : Detection and Identification of Ehrlichia, Borrelia burgdorferi sensu lato, and Bartonella species in Dutch Ixodes ricinus ticks. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 2215-2222.
* : Définition d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne :
Une genomospecies est définie comme l'ensemble des souches présentant, dans les conditions optimales de réassociation (55 °C), un pourcentage d'homologie ADN - ADN supérieur à 70 avec une instabilité thermique des hybrides inférieure à 5 °C.
Lorsqu'une genomospecies peut être identifiée par ses caractères phénotypiques, elle reçoit un nom et devient une espèce. En revanche, si aucun caractère phénotypique ne permet d'identifier facilement la genomospecies, elle demeure innomée.
Le terme de "genomospecies" a été proposé par Brenner et al. en 1993 pour remplacer le terme de "genospecies" préalablement utilisé (voir : Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 645-658.).
Genomospecies est un synonyme de "espèce génomique" et de "genomovar". Le suffixe "var" est généralement utilisé pour des taxons d'un rang hiérarchique inférieur à la sous-espèce (biovar, pathovar, sérovar...) si bien que le nom de "genomovar" ne semble pas judicieux.
Retour
** :
Bartonella talpae et Bartonella peromysci n'ont pas été testées car il n'existe aucune souche type pour ces deux espèces (voir le fichier Bartonella in : List of Bacterial Names with Standing in Nomenclature). De même, la souche type de Bartonella taylorii n'a pas été incluse dans les études d'homologie ADN - ADN car la souche type NCTC 12861 était indisponible.
Retour
*** :
Seules les espèces ou sous-espèces Bartonella alsatica, Bartonella bacilliformis, Bartonella clarridgeiae, Bartonella elizabethae, Bartonella henselae, Bartonella quintana, Bartonella tribocorum et Bartonella vinsonii subsp. vinsonii ont été incluses dans l'analyse électrophorétique des protéines cellulaires.
Les espèces Bartonella birtlesii, Bartonella peromysci, Bartonella talpae et Bartonella taylorii n'ont pas été incluses dans l'analyse des séquences ERIC.
Les espèces et sous-espèces Bartonella birtlesii, Bartonella peromysci, Bartonella talpae, Bartonella vinsonii subsp. arupensis et Bartonella vinsonii subsp. berkhoffii n'ont pas été incluses dans l'analyse des séquences du gène gltA.
Retour
Source archivée : consulter la page originale